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Souvenirs de Jacques Poutet de Chazal
Jacques Poutet de Chazal est le fils de Suzanne de Chazal et petit fils
d’Evenor de Chazal. Suzanne fut tuée tragiquement lors d’un bombardement le 13
août 1944 à Sanary
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Île Maurice!
C'est dans cette petite île merveilleuse de l'océan Indien (autrefois Ile de
France) que Suzanne de Chazal, ma mère, est née en 1879 dans une des plus
anciennes familles de cette terre lointaine. Francois de Chazal de la Geneste y
émigra en 1760. Suzanne est sujet britannique puisque l'île est devenue anglaise
en 1810, à l'issue de durs combats où la modeste garnison française dû capituler
devant des forces très
supérieures. |
Suzanne est
née le 24 janvier 1879 un mois avant la mort de son Grand-père Antoine Edmond
fondateur, entre autres, d'un vaste domaine sucrier dénommé Saint-Antoine. Elle
y vivra avec son père Evenor, sa mère et ses frères et soeurs jusqu'en 1888. Ils
emménageront alors à Curepipe, 2 ieme ville de l'île après la capitale Port
Louis, dans une belle demeure nouvellement construite: " La Sablonniére" du nom
d'un château du Loiret ayant appartenu à la famille. En 1896, à la suite de
mauvaises affaires et de quelques " désaccords", Evenor emmène toute sa famille
à Madagascar, dans la région de Fianaranrsoa. Il y redémarre une exploitation de
canne à sucre en même temps que celle d'une concession aurifère. Mais il meurt 2
ans plus tard, à l'âge de 60 ans épuisé par une vie de travail et d'effort
continus. Suzanne, ma mère épouse alors l'année suivante, en 1899, un ingénieur
lyonnais Jean Lecomte dont son frère Chamarel avait fait le connaissance au
cours d'un déplacement à Tananarive. Elle demeure sujet britannique tout en
acquerrant la nationalité française. Ils vont s'installer à Lyon où ils auront 2
fils: Maurice en 1900 et Roger en 1904.
Le couple
divorce vers 1915. C'est le guerre. Suzanne devient infirmière dans l'armée
française, puis infirmière major à l'hôpital militaire d’Epinal. Des amis
communs lui présentent un jeune lieutenant artilleur Jean Poutet avec qui elle
vivra une importante histoire d'amour qui va se conclure par ma naissance le 7
juin 1920 à Toulon dans une jolie maison blanche sur les pentes du Mont
Faron.
Peu nombreux
sont les membres de notre famille avec qui nous sommes en relation. Je
représente la "faute" impardonnable que ma pauvre et tendre You paiera toute sa
vie. A cette époque barbizonnaise, je suis un petit garçon affectueux mais
exclusif tout autant. Maman est "tout" pour moi et je n'imagine même pas que la
moindre part de son coeur puisse aller à d'autres que moi-même et ceux du clan
que je connais et dont j'approuve l'existence et l'amour partagé. Je n'aurais
pas supporté qu'un intrus vint usurper la moindre place m'obligeant, nous
obligeant à partager avec moi, avec vous le coeur de You. Elle le savait trop
bien et j'admire aujourd'hui l'abnégation et sans doute l'habileté qu'elle a dû
déployer pour que notre bonheur absolu ne connut la moindre égratignure.
Le petit
iceberg familial, détaché de la grande banquise de Chazal, qui avait conserve
son affection et son intérêt à Suzanne, ma mère, tout en acceptant mon existence
se réduisait au petit groupe suivant:
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MARGUERITE:
Elle était une soeur d'Evenor mon grand père, 13 ème des 15 enfants d'Edmond de
Chazal et de Claire Rouillard. Tante Marguerite était en 1926 une "vieille dame"
de 67 ans au beau visage rayonnant de bonté, parfois de malice, mais empreint à
la fois d'une certaine tristesse dans son joli sourire.Elle avait épousé un
officier français, Charles Tuffier, avec qui elle avait eu un fils unique
Maurice Tuffier qui devait être tué a 22 ans alors jeune sous-lieutenant, le 30
août dans les durs combats des Ardennes. Beaucoup plus tard, lorsque Simone et
moi avons perdu notre fils Olivier, je devais me rappeler et mieux comprendre le
sourire triste de Tante Marguerite.
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| Elle habitait
a Paris un bel appartement rue de Siam près de l’avenue Henri Martin dans le
16.eme, où elle nous accueillait volontiers avec sa grande et naturelle
générosité. Elle aimait beaucoup You, fille de son frère aine, et moi aussi je
crois, et nous nous lui rendions bien. Elle aimait venir avec nous se promener
au Bois ou même aux Glaleries Lafayette, le grand magasin qu’elle préférait,
mais où elle n’aimait pas trop s’aventurer seule. |

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Bien plus
tard, en novembre 1939, elle nous hébergea durant tout un mois, en attendant mon
départ pour la base aérienne d’Avord ou je fus affecte comme élève pilote à la
suite de mon engagement dès la déclaration de guerre en septembre. A mon retour
d’Autriche fin mai 1945, je me rendis immédiatement rue de Siam, le Coeur plein
de joie à l'idée de la revoir. Je fus très triste d’apprendre, par le concierge,
sa mort survenue 2 ans plus tôt.
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ADRIENNE:
“Aunty Ada” était la soeur aînée de You. Je l’ai peu connue, l’ayant vu
seulement 4 ou 5 fois entre 1923 et 1928. Je me souviens d’une personne, âgée me
semblait-il. Elle avait 12 ans de plus que maman et devait donc pour moi être
rangée naturellement parmi les vieux. Elle était très sourde et arborait pour
entendre -mal d’ailleurs- un grand cornet vers lequel il fallait se pencher pour
lui parler. Elle avait cette voix aiguë et monocorde affectant certains sourds
qui me mettait mal a l’aise- ce qui devait se traduire de ma part, par une
mimique peu discrète et par trop expressive, assez peu courtoise en vérité .
Elle et You s’en amusaient cependant, avec sans doute trop d’indulgence à mon
égard. De aunty Ada je garde le souvenir d’une personne bonne et généreuse,
pleine de tendresse et d’attention pour sa petite soeur Suzanne, ma mère.
C'était pour moi la référence
absolue. |
CHAMAREL: J’ai déjà dit toute l’admiration et l’affection
que j'éprouvais à l'égard de l’oncle Cham, le frère peut-être préféré, mais
surtout le plus proche de sa soeur Suzanne. J’aimais, lors de nos visites a
Courbevoie, les écouter parler tous les deux de toutes sortes de questions, qui
m'étaient le plus souvent inaccessibles. Mais, c'étaient généralement des
conversations animées ou gaieté, sérieux, désaccords alternaient avec passion.
Ils étaient tous deux très entiers dans leurs opinions, et leur très grande et
mutuelle affection n'empêchait pas éventuellement quelques accrochages. Je me
rappelle avec tristesse cette fin d'après-midi pluvieuse où un léger différend
avait fini par dégénérer, sur quel sujet, je ne saurais le dire. Ils étaient
ensuite aussi consternés l’un que l’autre, comme des enfants pris en faute, et
lorsque à la tombée de la nuit il a fallu se séparer, ils se sont embrassés plus
longuement, plus tendrement que d’habitude, avec un petit rire qui en disait
long sur leur complicité. Ma jolie tante Hélène était quelque peu ignorée lors
de ces bavardages à bride abattue. Ce n'était pas très délicat, sans doute, de
la part de son mari et sa belle-soeur, mais ça ne semblait pas le moins du monde
la contrarier. Ses rares interventions tombaient à plat dans un silence pouvant
signifier que les choses sérieuses sont l’affaire des grandes personnes. Je
crois en effet que la culture et la spiritualité n'étaient peut-être pas les
qualités premières de tante Hélène. Elle me prenait alors par la main pour
m’emmener vers des jeux qu’elle avait le don de savoir improviser. Nous nous
entendions bien.Dans le grand salon où trônaient toujours 2 ou trios, voire
quatre, postes de TSF, l’une des passions de l’Oncle Cham, de nombreux bibelots
et tableaux de qualité marquaient l'intérêt et le goût de Cham pour l’Art en
général. De Barbizon il avait ramené de belles toiles de Charles Jacque que Dany
et le père Jacque lui avaient cédées à des conditions raisonnables. Il avait
hésité concernant un joli Millet, de petites dimensions, rappelant un peu “les
Glaneuses”. Il disait l’avoir regretté et il avait raison. Beaucoup parmi ces
objets provenaient de Madagascar: des masques, des ivoires, diverses sculptures,
et aussi de très belles gravures représentant des personnages, des animaux, des
paysages. Mais c’est devant une belle grande pipe d'écume de mer que je tombais
toujours en arrêt. Malgré toutes les explications qu’on avait tenté de me donner
concernant ce très beau minéral tout à fait étranger à l'écume de la mer, je
demeurais émerveillé par ce que je considérais comme un miracle de la nature. Ma
passion pour cette pipe amusait Oncle Cham. Il m’expliqua qu’elle avait été
acquise par son grand-père Edmond de Chazal qui l’avait placé dans son bureau à
Saint-Antoine. A sa mort elle était revenue à son père Evenor et par la suite à
lui-même Chamarel après la mort d’Evenor. Plus tard, maman devait être amenée à
soigner Cham, souffrant d’un cancer de l’estomac, pendant 2 ou 3 mois jusqu'à sa
mort. Tante Helene voulut alors lui laisser quelques souvenirs de son frère dont
en particulier 2 ou 3 gravures malgaches et la pipe objet de mon admiration. Ce
sont ces gravures (certaines disparues lors de nos nombreux déménagements) et
cette pipe d'écume que j’ai pu récupérer, parmi de rares objets ayant appartenu
à ma mere, lors de mon arrivée en France en octobre 44, dans des circonstances
qui seront relatées plus loin.
YVONNE- Tante Yvonne était la dernière des 11 enfants
d’Evenor. Née en 1890, elle avait donc 11 ans de moins que You. Elles étaient
néanmoins très proches., puisque des 2 frères se situant entre elles dans la
fratrie, l’un Ravenel avait choisi un mode vie qui l’avait malheureusement
éloigné de sa famille, l’autre Guy s'était fixé très jeune en Amerique du Sud..
Yvonne était très vivante et gaie. Avec You elles avaient des bavardages sonores
et savoureux ponctués de rires et d'éclats de voix qui amusaient tout
l’entourage. Elle avait épousé un cousin germain Norman Mayer qui semble avoir
eu une jeunesse quelque peu …. agitée, peut-être par la suite également, mais
ceci est une autre histoire. Il était cependant Pasteur et semblait exercer son
sacerdoce avec… conviction. Yvonne et Norman avaient 5 garçons (ils avaient
perdu à un an une petite fille en 1926). Je ne connaissais que les trois
premiers : l’ainé Paul (Polo), Jean (Jeannot) et Georges (Manu). Je ne sais
comment il se fait que je n’aie jamais rencontré Jacques. Concernant Francis
(Frank), ce n’est qu’en juillet 2002, à l’occasion d’une petite réunion de
famille à Paris, que nous avons pu faire connaissance, hélas déjà quelque peu
usés par 8 décennies et les épreuves essuyées au cours de ces longues années.
Nous en reparlerons. J’aimais beaucoup me retrouver avec mes cousins, nous
étions très remuants, trouvant toujours de nouvelles activités pas
nécessairement appréciées des parents. Oncle Norman voulait afficher une
certaine sévérité à notre égard, et il avait très certainement raison. Sa belle
voix forte et grave m’impressionnait, mais je ne suis pas sûr qu’il ait possédé
un réel talent de dresseur de garnements tels que nous. Il exigeait que nous
arrivions à table dans une tenue impeccable, bien peignés et les mains propres.
Nous estimions cette rigueur tout a fait juste et en arrivions même à rivaliser
d'élégance. C'était donc positif. Par contre sa décision nous astreignant à 2
heures d'étude le soir avant le dîner tomba vite à l’eau. Notre mauvaise
volonté, renforcée d’ailleurs par le peu d’enthousiasme de nos mères, l’amena à
renoncer. Mais, ne voulant pas céder totalement, il prétendit consacrer ces 2
heures à la lecture et au commentaire d’un passage de la bible. Ce fut un très
modeste succès qui ne dura en fait que deux ou trois séances. Cependant
l'érudition de mon oncle était très réelle et j'étais sidéré de l’entendre
répondre à toutes nos questions. You également, qui était d’une grande curiosité
et toujours en quête d’enrichir ses connaissances, avait avec lui les mêmes
entretiens passionnés qu’avec Oncle Cham. J’ etais très fier de constater que la
culture de ma chère Maman était très estimable. Je sus par la suite que pendant
les quelques 15 années vécues à Lyon, épouse de Jean Lecomte, elle avait
continué des études interrompues à Madagascar, ceci expliquant cela. J’aimais
beaucoup tante Yvonne, oncle Norman et mes trois cousins. Après la guerre je
n’ai pas pu, pas su reprendre contact avec eux, ignorant ce qu’ils étaient
devenus. Je suis encore plein de de regrets à ce sujet. De tante Yvonne je garde
le souvenir d’une personne très “ mère poule” affichant au milieu de ses garçons
et de son mari une béate sérénité que l’oncle Norman contemplait benoîtement. Il
nous faudra faire revive tout cela avec Francis lors d’une prochaine rencontre.
Mais quand ?
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