REFLEXIONS INEDITES Texte de Robert Furlong

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Couverture de Réflexions inédites et contes

Couverture de Réflexions inédites et contes

REFLEXIONS INEDITES ET CONTES,

Port-Louis, L’Atelier d’écriture, 2011

 

AVANT-PROPOS

 

La Fondation Malcolm de Chazal est profondément reconnaissante envers l’Atelier d’écriture pour la spontanéité et l’enthousiasme avec lesquels l’idée de consacrer un numéro entier de sa revue à des textes inédits de Malcolm de Chazal a été accueillie. Car cette revue est une plate-forme idéale : d’abord parce qu’elle a su se forger une réputation solide en tant que pépinière de talents et socle de référence quant à l’évolution de l’écriture mauricienne ; ensuite parce que Malcolm de Chazal a toujours considéré sa propre création comme « un art de fonderie » toujours en devenir, comme un produit d’atelier…

 

Et c’est bien pour cela que l’éternel apprenti qu’il était dans sa recherche de la féerie cosmique par la Connaissance n’hésitait pas à changer de perspective d’analyse ou de matériau d’expression s’il le fallait ! Il utilisa ainsi autant de media d’expression que l’évolution de sa poétique exigeait de lui : 4 essais d’économie politique entre 1935 et 1941 ; près de 7 000 aphorismes en 8 recueils entre 1940 et 1949 ; 14 pièces de théâtre entre 1950 et 1954 dont 9 brûlés ; 29 essais métaphysiques entre 1950 et 1956 ; 980 chroniques dans la presse mauricienne entre 1948 et 1978 ; des milliers de tableaux à partir de 1958… Malcolm de Chazal est assurément l’artiste le plus fécond dans sa diversité créatrice que notre terre ait produite et l’étiquette d’artiste intégral qu’il s’était forgé lui convient tout à fait!

 

Cet homme, grand et large d’épaules, au visage déterminé, comme taillé à la hache, que l’on présente souvent comme ayant été peu commode, voire bourru et désagréable parfois, était paradoxalement d’une grande générosité. Bien de nos compatriotes qui en ont été bénéficiaires pourraient en attester : des manuscrits par-ci, des tableaux par-là, Malcolm donnait régulièrement autour de lui…

 

Combien de manuscrits circulent ainsi ? Un bien grand nombre, certainement. Conscient du fait qu’ils appartiennent à notre patrimoine commun, j’ai toujours, personnellement et sans hésitation, fait publier ceux qui me sont parvenus comme ce fut le cas pour trois ouvrages déjà parus : Moïse

[1], Autobiographie Spirituelle[2] et les recueils Histoires Étranges et Fabliaux de Colloques Magiques[3]. Circulent encore, à notre connaissance, plusieurs pages de récits autobiographiques écrites dans les années 1975-76, des essais métaphysiques, des contes (les recueils Contes Occultes et Femmes), quatre romans (La Famille Langle, Rodolphine, Rosalba, Poldor) évoqués comme terminés dans des chroniques de presse en 1958…

 

Le présent volume est composé de cinq textes dont deux sont inédits.

 

En effet, le texte intitulé Le Message de Sens-Plastique – rédigé en août 1960 au moment de l’exposition Charpentier à Paris[4] – est un inédit. Il s’agit d’une contribution essentielle à la compréhension de la démarche chazalienne et nous la devons à la générosité de Madame Martine Hatswell. Le prénom de cette dame n’est pas inconnu pour les lecteurs attentifs de Malcolm de Chazal. La notice biographique accompagnant l’exposition Malcolm de Chazal à Dakar (Sénégal) en novembre 1973 dit ceci : « vers les années 60, voyant peindre une petite fille de neuf ans, Martine, auprès de sa maman, Madame Simone EPAILLY[5], Malcolm de Chazal prit subitement le pinceau. Il a fait depuis des expositions à l’île Maurice qui ont suscité les rires et la commisération de certains de ses compatriotes. » Ce texte donne enfin un prénom et un nom à cet enfant plusieurs fois évoqué dans les chroniques qu’écrivait Malcolm de Chazal en 1958. Suite au décès de sa mère, Martine a retrouvé des textes de Malcolm de Chazal que sa mère avait dactylographiés et des manuscrits qu’elle a spontanément désiré partager avec les Mauriciens en les mettant à notre disposition. Qu’elle en soit remerciée et que son geste puisse servir d’exemple à d’autres détenteurs de manuscrits ou tapuscrits de Malcolm de Chazal.

 

La publication de ce manuscrit dans son intégralité appelle les remarques suivantes. L’ouvrage L’ombre d’une île publiée par Bernard Violet[6] en 1994 comporte déjà deux des cinq parties du Message de Sens-Plastique – la troisième et la cinquième pour être précis. Mais, pour des raisons qui nous échappent, Bernard Violet les présente comme des textes tout-à-fait indépendants les uns des autres… Grâce au manuscrit que nous détenons et dont nous reproduisons la première page de chaque partie, nous restituons enfin la forme originelle de ce texte, à savoir un tout cohérent au service d’une analyse par l’auteur de son propre chef-d’œuvre, Sens-Plastique, et nous rectifions ainsi une présentation restée trop longtemps erronée parce qu’incomplète. S’il fallait dégager une seule conclusion de ce texte – mais il est bien plus riche que cela – c’est bien l’importance cruciale de Sens-Plastique qu’il érige lui-même en œuvre majeure. La relecture qu’en fait Malcolm de Chazal treize ans après place cet ouvrage au rang des explorations métaphysiques qui de 1950 à 1956 allaient mobiliser toute son énergie.

« Sens-Plastique, tout en étant un livre de sensations, est en même temps un album d’images où, au-delà de la littérature, Sens-Plastique est une peinture et un verbe poétique tout à la fois »

écrira-t-il dans Le message de Sens-Plastique confirmant l’affirmation de la Confession d’un écrivain devenu peintre[7]

« Sens-Plastique a constitué de la métapoésie, une poésie métaphysique. »

 

Cet ouvrage contient également quatre contes, Paul et Fougère, L’île du Dodo en l’an 2000, Histoire de Midaine qui est né dans une roche et La Pomme Seul le premier est un inédit ; le second a été publié pour la première et unique fois dans Malcolm de Chazal en perspectives publié par l’AMDEF en 2002[8] ; le troisième a paru dans le quotidien Advance le 17 juillet 1954 ; le quatrième a été publié dans le numéro 2 de la revue Two Cities du regretté Jean Fanchette.

 

D’ici la fin de 2011 Année Malcolm de Chazal, un autre recueil inédit de contes « pour les grands et petits enfants » sera publié. Il sera illustré par un artiste mauricien de talent que Malcolm de Chazal n’aurait pas renié. Nous les devons également à Madame Martine Hatswell. Sera également publié en supplément à l’édition du mois d’octobre de la revue de poésie mauricienne Point Barre un recueil inédit de poèmes que Malcolm de Chazal avait envoyé en 1967 au Professeur Irving Weiss.

 

Mais n’anticipons pas. Contentons-nous d’apprécier ces quelques textes que l’Atelier d’écriture a accepté de publier en gardant à l’esprit ces mots par lesquels Malcolm de Chazal dans Le mauricien du 14 octobre 1961 expliquait pourquoi il écrivait :

 

Pourquoi écrire ? Eh bien, parce qu’il faut que l’arbre donne ses fruits, que le soleil luise, que la colombe s’accouple à la colombe, que l’eau se donne à la mer, et que la terre donne ses richesses aux racines de l’arbre.

 

Pourquoi écrire ? Mais afin de se donner. Et le don enrichit. Cette « richesse » grandit la personnalité. Et l’on monte. Où ? En soi-même. J’ai nommé la délivrance. Il n’y a pas d’autre forme de libération.

 

Robert FURLONG

Président de la Fondation Malcom de Chazal

Chairman of the Malcolm de Chazal Trust Fund

 

 

Cette publication contient:

  • Le message de Sens-Plastique, texte inédit de 1960
  • Trois contes inédits : Paul et Fougère (1959) L’Ile du Dodo en l’an 2000 (1976), Histoire de Midaine (1954)
  • Un conte repris de la revue parisienne Two Cities dirigée par le poète-psychanalyste mauricien Jean Fanchette : La Pomme (1959)

 

[1] Tapuscrit que Vinod Appadoo du Centre Culturel Charles Baudelaire conservait depuis 1970 et que Christophe Cassiau-Haurie et moi avons publié chez L’Harmattan en 2008.

[2]  Manuscrit donné par Malcolm de Chazal à Jeanne Gerval ARouff en 1976 et que celle-ci m’autorisa à publier chez L’Harmattan en 2008, également.

[3] Textes que je retrouvais à New-York chez le Professeur Irving Weiss qui détenait ces recueils depuis 1958 et que j’éditais chez Arma Artis en un seul volume au début de 2011.

 

[4] D’après une note manuscrite de celle ayant conservé le manuscrit et dont il sera question plus loin.

[5] Plus connue peut-être à Maurice sous son nom de jeune fille (Balanche), Simone Epailly a été proche de Malcolm de Chazal de 1957 à 1964 et l’a beaucoup encouragé à écrire et à peindre à une période où Malcolm de Chazal devait affronter comme toujours un mépris certain de la part de ses compatriotes.

[6] Bernard VIOLET, L’ombre d’une île, Toulouse, L’Éther Vague, 1994

 

[7] Voir Bernard VIOLET, op. cit.

[8] Ces deux premiers contes proviennent de la même source, à savoir la collection privée de Jeanne Gerval ARouff à qui Malcolm de Chazal les avait donnés. Je lui suis reconnaissant de m’avoir autorisé à les publier car ces contes projettent sur leur auteur un utile éclairage complémentaire.

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