By René Agnel

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Project Description

Malcolm de Chazal, l’insulaire qui voit large et aspire à la vie changée

Par René Agnel

[1]

Préavis

La majeure partie de ces réflexions est empruntée à l’échange de correspondances que nous avons eues, Christophe Chabbert et moi-même tout au long de la composition de sa thèse de doctorat consacrée à la « cosmogonie chazalienne ».

A l’origine, Malcolm de Chazal m’était complètement inconnu. Christophe Chabbert m’ayant demandé quelques conseils en ce qui concerne les domaines de la théologie et de la philosophie, j’ai découvert l’originalité et la richesse de la pensée chazalienne, ce qui m’a entraîné à préciser les réactions que cette prise de connaissance suscitait en moi.

Christophe Chabbert ayant pensé que mes remarques pourraient être groupées pour être jointes en annexe à sa vaste et originale exploration de l’œuvre chazalienne, je me suis efforcé de leur donner quelque cohérence. Il ne s’agit pas d’une étude d’un connaisseur vraiment familier de la pensée de Chazal. C’est simplement un chrétien de confession protestante qui essaie de comprendre sans préjugé le poète, mystique et penseur que voulut être Malcolm de Chazal.

(Je signale simplement, qu’après des études de Géologie à la Faculté des sciences de Marseille, j’ai exercé pendant 35 ans le ministère pastoral dans l’Eglise Réformée de France).

Malcolm de Chazal, l’insulaire qui voit large et aspire à la vie changée

Pourquoi « Malcolm de Chazal, l’insulaire qui voit large ? »

Parce que, de sa tour de guet, en plein Océan indien, aux antipodes de Paris et de ses cénacles, Malcolm de Chazal a su porter son regard intérieur et extérieurs, avec une singularité ombrageuse, sur ce qui lui venait des racines de sa spiritualité, des péripéties de sa jeunesse, et sur ce qui s’offrait à lui, tout proche et jusqu’aux plus lointains horizons, de si varié et de si énigmatique.

Pourquoi « et aspire à la vie changée ? »

Parce que Malcolm de Chazal (poète, explorateur en cosmologie et en ethnologie, expert en ésotérisme, théologien hétérodoxe, militant indépendantiste…) restera jusqu’à son dernier souffle un être travaillé par la quête d’une vie vraiment libérée, d’une spiritualité réellement épurée, à la manière de Rimbaud, « l’homme aux semelles de vent », à la poursuite de la vie changée.

Malcolm de Chazal demeurera donc toujours attaché à son Ile Maurice. Mais il se tient au courant de ce qui se passe dans d’autres lieux du monde. Dans ses écrits, il apparaît comme sensible aux évolutions et aux révolutions que connaît l’humanité en tous lieux et en tous domaines. Il a vécu dans une période (1902 – 1981), où l’histoire a été emportée par une telle accélération, qu’il a pu ressentir de l’intérieur les secousses d’un ébranlement majeur, sorte d’onde de choc qui, après avoir secoué l’intelligentsia, les milieux cultivés, les idéologues et les chefs de file politiques, s’est mise à pénétrer des couches de plus en plus larges de la société, y provoquant à la longue une sorte de mutation des mentalités. Ceci en coïncidence avec deux fractures épistémologiques successives par lesquelles, toutes les scholastiques et tout le cartésianisme se sont trouvés sérieusement mis à mal…

L’être humain parviendra-t-il à s’adapter de façon positive, sans porter atteinte à sa constitution fondamentale, à l’une des modifications déjà en cours : sa conscience qu’il a eu du temps ? réflexion et évaluation prennent en effet un caractère à ce point instantané que, non seulement c’est le problème d’un rapport entre le « réel » et le « vrai ». Quel sens prendra alors pour lui la question du sens ? devra-t-il se contenter de continuellement vivre à tâtons, plus déboussolé que les autres espèces biologiques qu’assiste leur guidage par l’instinct ou les tropismes ? que restera-t-il alors du désir d’exister, du courage d’être, de l’amour et du respect de la vie ? un nouvel humanum va-t-il parvenir à émerger, porteur d’avenir et non de ruines ? cet humanum comportera-t-il, en quelque mesure, quelque rapport avec celui de Chazal et avec le nôtre ?

Ainsi, en suivant Malcolm de Chazal à travers les péripéties de son existence et les développements de sa pensée, en dépit des apparences, nous ne nous évadons pas d’une actualité qui, bien que partiellement, reste encore pour quelque temps la nôtre.

I A propos de la mythique et de la symbolique de la pierre chez Malcolm de Chazal

Citons en exergue cette pensée paradoxale que l’on trouve, en 1966, chez Vladimir Jankélévitch : « L’art (et tout particulièrement dans la sculpture) proclame simultanément : La mort est plus forte que la pensée et la pensée plus forte que la mort ; et encore : amour, Liberté, Dieu sont plus fort que la mort et réciproquement ».

La fascination de la pierre (sous de multiples formes : montagnes, rochers, formes sculptées par les forces de la nature) est-elle à mettre, chez Malcolm de CHAZAL, sur le compte de phantasmes effrénés, ou sur celui de l’intuition d’une symbolique inégalable du stable, du permanent, de l’essentiel ? Indéniablement, on se trouve en tout cas là en face d’un phénomène dont l’origine, dans le temps, semble indiscernable, et la généralisation, dans l’espace, extrêmement large. La roche, le rocher : en eux, par eux, l’homme a le sentiment d’être en présence d’une apparition de la puissance qui vainc le temps qui fuit, s’évanouit, lui échappe . En eux, par eux, il a le sentiment de faire la rencontre d’une victoire sur le dépérissement et sur la mort . Même sans figure, même sans visage, il a le sentiment que la puissance y habite ; peut-être, pour les plus grands, les plus massifs; une puissance suprême dont tout dépend.

De la pierre levée, on passe à la pierre gravée, à la pierre sculptée . Et voici que se présente alors comme une réduplication, ou comme une sorte de clonage de la forme humaine. Ces pierres portent la gravure, la sculpture des caractères et des attributs du chef, du héros comme une sorte de promesse du possible de l’impossible. Plus que tout autre production d’art, la pierre brute ou sculptée est signe pour l’homme d’immortalité . Elle. permet de fixer et de pérenniser le rayonnement d’un être toujours chargé de dynamisme divin.

Si, à propos de cette mythique et de cette symbolique, nous nous intéressons aux textes bibliques qui ont pu avoir leur écho dans les visions et révélations de Malcolm de Chazal, nous en trouverons de nombreux dans l’Ancien Testament. Les uns se rapportent aux montagnes sacrées, les autres à des stèles comparables aux menhirs ou aux obélisques, les autres enfin aux dolmens ou aux mastabahs de l’ancienne Egypte . Par exemple : Genèse 28, 17-19 ; Exode. 34, .13 ; Josué 4, 1-11 ; Josué 24, 26-27.

Saint François d’Assises avait le don de comprendre la langue des animaux, et aussi le langage du feu, de l’eau, des astres. On ne peut refuser a priori à Malcolm de Chazal d’être perméable à celui des rochers, des monts et des grottes, d’autant qu’il se situe aussi de la sorte dans la lignée de bien des poètes. Le problème reste celui de la pertinence de l’interprétation de ces expériences où l’imagination, voire l’hallucination jouent un rôle difficile à définir et à contrôler.

Montagnes, falaises, grottes, amas de roches, partout l’homme a maintes fois découvert en eux le vestige, l’évocation de l’empreinte de son âme. La roche, comme le bois d’ailleurs, peut se trouver décorée de veines qui, à l’occasion, inspirent et guident le sculpteur. Une puissance, une présence dort là qu’il s’agit de dégager, qui ne demande qu’à être libérée. Avant que cela s’opère sous le ciseau de l’artiste, ce peut être par la force, tout aussi efficace, de l’imagination du visionnaire. Ainsi, partout, Malcolm de Chazal, en vient-il à discerner le rappel de l’ubiquité de l’homme primordial et du Dieu qui fit cet Homme à son image.

Malcolm de Chazal, le poète, le mystique, se place ainsi, tantôt peut-être à tort, tantôt sans doute à raison, dans la lignée de ceux qui prétendent déchiffrer les évidences auxquelles la plupart des humains demeurent aveugles et insensibles. Avec tous ceux-1à, il représente, transmet, traduit une interpellation qui nous provoque à ne pas plier devant la fatalité de l’opacité et de l’absurdité apparentes du naturel et du cosmique.

La pierre, le rocher qui pourtant, à la longue, s’usent et se délitent, les Montagnes qui chancellent et s’écroulent, sont, non seulement symboles de permanence et de pérennité, mais également signes et avertissements que la mort et le chaos peuvent être plus forts que les « dieux » mêmes.

C’est ce que l’on peut entrevoir derrière la pensée énigmatique du philosophe Jankélévitch. Tout comme les civilisations, les « dieux » aussi sont mortels. Les dieux (ceux imaginés et façonnés par les hommes), sont mortels. Et également la pensée, l’amour, la liberté que le chaos, à maintes occasions ravage. C’est ce dont Chazal paraît bien convaincu. En effet, lui dont on connaît l’attachement aux mythes et aux symboles qu’il pensait lire dans rochers et montagnes, lorsqu’il évoquait le mystère du Dieu initiateur de toute existence, source de toute unité, il avait à la pensée un Dieu certes présent au cosmos, mais ne se confondant ni avec ce dernier, ni avec les figures qu’il lui était donné d’y rencontrer.

II Remarques sur les rapports du Monisme et du Dualisme avec l’Unisme chazalien

Selon le Vocabulaire de la philosophie d’André Delalande, [2] le terme « monisme » désigne tout système qui considère l’ensemble des choses comme réductibles, à l’unité, soit au point de vue de leur substance, soit au point de vue des lois qui les régissent, soit au point de vue moral.

On peut distinguer, d’une part, des monismes de type soit idéaliste, soit spiritualiste (tels ceux de Hegel, de Schelling, ou ceux qui ont cours dans diverses traditions religieuses) ; et, d’autre part, des monismes de type matérialiste (tels ceux d’E. Haeckel ou de K. Marx).

Le terme de « dualisme » désigne des systèmes où entrent en jeu deux principes premiers irréductibles, en opposition constante ou en lutte perpétuelle. [3]

Pas plus le Monisme que le Dualisme ne se présentent jamais à l’état pur. Les deux admettent entre eux des compositions, des mélanges, dans des proportions diverses et selon des modalités variées. Ainsi du Mazdéisme (Nord de la perse au 1er premier millénaire A. C.), le Zoroastrisme (6ème siècle A. C) ou le Manichéisme (3ème siècle Ap. C.), tous trois donnés en exemple pour leur structure dualiste, font une place à la vision moniste. Il en va de même, à des degrés divers, pour toutes les branches du Catharisme.

Nous tournant, à présent, vers les sources de la cosmogonie chazalienne, passons en revue, en relation avec cette question de la prépondérance du monisme ou du dualisme, les principales traditions religieuses ou ésotériques qui ont fourni à Malcolm de Chazal des points de repère dans les développements de sa réflexion.

L’Hindouisme

Au premier abord, l’Hindouisme apparaît comme un amalgame entre, d’une part, des spéculations religieuses et philosophiques des plus élaborées, des recherches et des pratiques psychosomatiques particulièrement perspicaces, et, d’autre part, un foisonnement de croyances et de cultes à de multiples dieux, déesses et démons, le tout bien difficile à ordonner et à harmoniser. Bien des notions du divin y ont trouvé accueil et y cohabitent, y compris un certain nombre d’inspirations franchement dualistes . Et cependant, au plus profond, la tradition hindouiste présente une des formes de monisme spiritualiste la plus caractéristique que l’on puisse repérer.

Pour le Brahmanisme, en effet, la seule réalité première et essentielle est le Brahman-Atman : le Soi Parfait et Total, l’Etre Absolu, Verbe et Souffle de Vie. Ce Brahman-Atman anime tous les existants et les dote d’un « soi » contingent et éphémère. Tous les êtres, toutes les âmes sont des gouttes d’eau issues de l’océan de l’Etre et destinées à y retourner. Le Mal qui se manifeste dans l’univers matériel et corporel est en fait illusion.

Chazal aurait pu relever que les Vedas, apparentés à l’Avesta iranien, (1500 A. C), constituent l’expression très ancienne d’un Unisme caractérisé. En fait, il ne semble pas s’être particulièrement intéressé à un pareil rapprochement. Les références les plus nettes que l’on rencontre chez lui concernant l’Hindouisme sont celles qui ont trait au Yoga et surtout au Lingam. Ce dernier, matériellement figuré sous l’aspect du phallus, apparaît comme le Symbole lié à la part la plus sensuelle de la tradition hindouiste. Cependant, à côté de cette signification d’exaltation de la génération virile, en surgit une nouvelle correspondant plutôt à l’idée de « lien ». Il existe un indice de cette malléabilité de la signification de ce symbole. Après l’avènement du Bouddhisme, le lingam, traité jusque là sous sa forme sculptée ou peinte de manière très naturaliste, apparaît dans l’art comme un symbole d’union spirituelle, rattaché à des personnages en route vers la perfection (les boddhisattvas). De là découle la légitimité de l’utilisation du lingam comme symbole de la puissance d’union qui traverse toute réalité, toute vie dans le monde en correspondance avec l’amour au plan de l’humain et du charnel.

Il semble bien alors que, dans son choix de privilégier le lingam au point de vue symbolique, Chazal a visé juste. Il a visé juste pour ce qui est du discernement d’un signe susceptible, par sa multivocité même, d’éclairer l’enchevêtrement insolite de l’Hindouisme (qui résulte d’un mélange d’anciennes traditions venant du Plateau iranien avec des cultes propres aux populations indigènes de la Péninsule indienne). Il a visé juste pour ce qui est de sa mise en valeur d’un symbole clef capable d’aider à surmonter les tensions des particularités antinomiques qu’il mentionne sans ses réflexions. Citons en comme exemples : « chairs mortelles » et « chairs spirituelles » ; « esprit humain » et « esprit en essence » ; « sexe par le sexe » et « sexe en élévation » ; « volupté charnelle » et « volupté en Dieu »; et enfin « ombre » et « lumière ».

En ce qui concerne le Yoga, tel qu’il se présente en ses variétés multiples, c’est la prise en considération du « mental », de la force vitale, des ressources psychosomatiques de préférence aux capacités rationnelles, et également le but poursuivi (atteindre la jonction de toutes les composantes de l’être humain en une unité parfaite), qui a captivé Chazal.

Le Néoplatonisme

Le Néoplatonisme alexandrin est, lui aussi, un monisme, un monisme idéaliste. Ce système philosophique explique l’existence de toute chose par une succession d’émanations liées à un mouvement qui part de l’Un pour remonter vers l’Un. Au fil de ces émanations successives se produit une dégradation qui, à certains stades, laisse place, non seulement à l’imperfection, mais aussi au Mal. Le Mal se trouve ainsi assimilé à une carence, à un défaut d’être ; un retour, une remontée vers l’Un et la pleine lumière étant possible grâce au pouvoir ascensionnel de l’Eros, force du désir et de l’élan spirituel qui émane de Dieu et traverse toutes les composantes du Cosmos, sans cesse en action pour tout ramener vers les plus hautes sphères.

Du monisme néoplatonicien, Chazal a particulièrement retenu le dynamisme de l’Eros qui, dans sa pensée, permet de corriger le coté déliquescent que la notion d’amour a pris, à son sens, dans la tradition chrétienne. Cela lui a inspiré les lignes où il souligne que l’amour, loin d’être associé à une idée de faiblesse, d’humiliation, doit au contraire être conjoint à l’orgueil, comme la force qui s’empare de l’homme et l’emporte vers l’Un.

Les systèmes gnostiques

Ils sont de type fondamentalement dualiste . Le Dieu suprême s’y trouve du côté lumineux et pur de toute matière . Il y a séduction et rapt des particules lumineuses par les puissances ténébreuses qui règnent dans le monde de la matière et de la chair. Mais il existe un salut possible, car la puissance qui régit le monde spirituel met tout en œuvre pour récupérer ces fragments par l’envoi dans le monde de la matière d’un ou de plusieurs sauveurs. Ces derniers s’efforcent de faire connaître aux âmes égarées la voie du retour vers le monde d’en haut où elles pourront s’agréger au Plérôme des sauvés.

L’influence du Gnosticisme est diffuse chez Chazal, pas toujours très apparente, mais profonde. Au point de vue du balancement entre penchant moniste et penchant dualiste, il est peut-être indiqué de faire un rapprochement avec la succession plus ou moins cyclique entre involution et évolution qui est une des clefs que Chazal propose de l’histoire de l’humanité et du destin du cosmos. Mais il y a surtout lieu de retenir la note insistante de radicalité que Chazal attache à la nécessité de s’ouvrir et de s’offrir à l’exigence de se dégager de l’hégémonie de la perception et de la compréhension rationnelles des choses, en vue d’accéder par l’usage du sixième sens et l’acquisition de ce qu’il appelle « la triple vue » à une conversion fondamentale et totale de notre sensibilité. Cela correspond pour lui à un passage d’un monde dans un autre.

Le Judaïsme et le Christianisme

Dans la Bible hébraïque, on trouve la conviction extrêmement forte que rien n’échappe à la volonté et au pouvoir du Dieu qui a fait alliance avec Israël. Vie et mort, Mal et Bien, rien n’arrive sans sa décision ou son aval. La puissance du Mal et ses suppôts ne peuvent, en définitive, que servir les desseins du Très-Haut, et ils sont destinés à être anéantis. cependant, on y décèle déjà les débuts d’un glissement qui s’accentuera dans le judaïsme après la profanation du Temple par Antiochus-Epiphane, en 168 A. C, ce dont témoignent les écrits juifs post bibliques. La figure d’un adversaire de Dieu avait déjà été précisée : le Satan accusateur, le diable, diviseur et destructeur. Mais vont apparaître toute une armée hiérarchisée d’êtres surnaturels, tourmenteurs des hommes et révoltés contre Dieu, dont on rattachait l’intervention au récit de Genèse 6, .1-7 et aux passages prophétiques parlant d’anges déchus.

Le Christianisme, pour sa part, peut être lui aussi défini comme un monisme dans la mesure où le Dieu créateur et sauveur, qu’il présente comme le même que celui d’Abraham, d’Isaac et de Jacob, a le premier et le dernier mot sur la destinée de tout ce qui existe, et où toutes les puissances de chaos, de perversion, de souffrance et de mort, à qui il arrive de se manifester, se trouveront finalement vaincues et détruites. La révolte des esprits de ténèbre, et en particulier celle de leur principal représentant, Satan ou le Diable, peut causer beaucoup de dommages et dresser des obstacles à la volonté de Dieu, mais il arrive toujours que là où le mal abonde, la Grâce surabonde. L’assurance en est donnée dans la Croix et la résurrection. Ainsi, dans cette perspective, existe une relativisation de ce qui peut apparaître comme un dualisme.

On peut relever dans de nombreux textes des Evangiles et des épîtres du Nouveau Testament de multiples traces de l’influence, non seulement des auteurs de l’Ancien Testament, mais aussi du Judaïsme post exilique, celui du premier siècle A. C. Et là encore, la perspective dualiste est toute proche dans le vocabulaire ou les tableaux visionnaires. Le monde actuel, l’éon actuel, ne sont pas l’empire de Satan. Mais, est évoqué par Jésus « le Prince de ce monde », [4] et l’apôtre Paul parle, lui, du « dieu de ce monde ». [5] En outre, dans les épîtres de ce dernier, il est fait fréquemment allusion à l’action de nombreuses puissances angéliques, et certains passages résonnent comme des échos des commentaires midrachiques de Genèse 6, 1-7. [6]

Le Christ, engendré par Dieu de la Femme-dieu, à la fois dieu et homme, devient la chair du monde. Sa croix est symbole d’unité. Sur le plateau de Chamarel, en vision, la Croix et le Lingam sont apparus à Chazal, mais de façon distincte. Cela ne signifie pas qu’il y ait deux Amours, l’amour d’essence divine et l’amour humain. Cela signifie, au contraire, qu’il n’y a qu’un Amour, que l’Amour est un. Le Lingam n’exclue pas la Croix, et la Croix n’exclue pas le lingam. L’Amour-volupté et l’Amour-sacrifice sont deux faces du même et unique Amour, et l’un n’a pas plus de valeur que l’autre. « La Croix sera relevée par le sexe glorifié : par l’Hostie Sainte de l’Amour, la remise en Dieu des chairs mortelles ! »

Chazal, sur ce point, pensa avoir trouvé ainsi un dépassement du Christianisme traditionnel. Et là encore, l’alternative monisme ou dualisme est mise hors d’état de jouer.

La Théosophie et l’Occultisme

Les théosophes, dans leurs diverses spéculations, font partie des penseurs philosophiques ou religieux qui vont dans le sens d’une définitive et absolue maîtrise de l’Etre Suprême ou du Dieu Tout Puissant.

Chazal connaissait particulièrement bien les conceptions de Swedenborg, ayant, dans son enfance et sa jeunesse, été instruit dans les doctrines et accoutumé aux pratiques de l’Eglise fondée par le visionnaire suédois. Mais, très tôt, il s’en est détaché et nettement démarqué. La démarche dans laquelle il s’était engagé était bien trop différente. Quelqu’un a cru pouvoir résumer cela dans une formule peut-être trop approximative : « Swedenborg a mis le monde en Dieu; Chazal, lui, a mis Dieu dans le monde ».

Quant à 1’Occultisme, un dualisme déclaré et conséquent se fait jour dans certaines de ses branches où l’on s’adonne au culte de Satan, en tant qu’il est tenu pour une puissance divine égale ou supérieure à toute autre.

Chazal a refusé tout rapprochement avec la théosophie, à cause, entre autres, du spiritualisme sans nuance qui y prédomine, et qui a été ressenti par lui comme incompatible avec l’Unisme, du fait qu’il adopte pour postulat une division entre Dieu et le monde qui tend à les opposer.

Sa position à l’égard de l’occultisme apparaît plus ambiguë. Malgré les déviations dualistes qu’il pouvait y rencontrer, il était attiré par les aspects mystiques, antirationnels ou transrationnels qui sont l’une de leurs caractéristiques.

Conclusion

La tendance prédominante de l’Unisme chazalien correspond à celle d’un monisme spiritualiste. Pour Chazal, toute pensée qui prétend pouvoir se passer de Dieu, source de l’Un et clef de l’Absolu, ne peut être qu’aberrante et perverse. Toutefois, si, pour lui, Dieu est nettement distinct de la Nature, il reste étranger à tout idéalisme platonicien. Ce à quoi il s’attache, c’est plutôt à souligner une sorte d’incarnation, au sens large, du Dieu Un et Absolu dans les composantes du Cosmos. Virtuellement au moins, Dieu est présent dans toute chose et dans tout être, sans séparation ni confusion, et l’on devrait être capable de repérer partout son empreinte et sa trace.

Il en résulte que les indices de pensée dualiste que l’on pourrait relever peuvent aussi bien être interprétés comme des signes d’union profonde entre les manifestations contrastées d’une même réalité portant le sceau du concret de la Nature, mais habitée par le divin. Il dénonce cependant un faux logos, un faux lingam…

Un autre argument lui sert à éluder le dilemme entre monisme et dualisme. Pour celui qui se tourne vers Dieu et se met en route vers lui, le désordre, le mal, alors même qu’ils paraissent avoir quelque consistance, se trouvent relégués dans le domaine de l’illusion. Se présente ainsi quelque analogie avec la pensée hindouiste selon laquelle la conviction que le monde empirique, avec toutes ses incohérences et ses causes de souffrance, n’est qu’illusion, permet de trouver l’apaisement.

Mais Malcolm de Chazal, semble-t-il, pense surtout échapper à l’alternative en mettant en avant la suprématie et la puissance de fusion exceptionnelle et sans égale du Dieu Un et Absolu. « Le jour où l’Unité se réalisera, le Mal n’existera plus puisque l’homme sera Un en Dieu, et ce sera le Bien ».

Par la réactivation de la conscience universelle qui est en lui, l’homme en vient ainsi à apercevoir le caractère sporadique et contingent de toute manifestation de dualisme et à découvrir l’unité seule stable et invincible qui résout et guérit toutes les divisions.

III « Dieu » chez Malcolm de Chazal et dans le cadre de l’Unisme

On pourrait être tenté de ramener l’Unisme de Chazal à un panthéisme. En fait il semble qu’il faut plutôt y discerner un retour au pan-sacré. Pour lui, le sacré est dans tout ; tout participe du sacré. Et le divin est dans tout ; tout participe du divin. Le divin de Chazal échappe à la distinction entre transcendance et immanence. Chazal n’assimile Dieu ni à la Nature, ni au Cosmos. Cependant, il a vu le panthéisme rejoindre le monothéisme par un phénomène de fusion surnaturel.

La notion de Dieu de Chazal diffère aussi de celle de l’a-cosmisme. Si pour le panthéisme il y a confusion entre Dieu et la Nature, pour l’a-cosmisme (à quoi l’on rattache parfois la vision du Christianisme, et plus particulièrement celle du thomisme), que la création soit considérée comme dépourvue du caractère d’éternité, ou qu’on la tienne pour participante à une sorte de co-éternité, Dieu est lié au monde et à la création, mais en leur restant juxtaposé et transcendant.

En ce qui concerne Malcolm de Chazal, une formule pourrait peut-être rendre compte de sa position à propos des relations entre Dieu et les réalités physiques et cosmiques : « sans séparation ni confusion », formule qui est similaire à celle à laquelle se rallièrent les théologiens du Concile de Chalcédoine pour ce qui est du rapport entre la nature divine et la nature humaine du Christ.

Arrêtons nous quelque peu sur la « vision de l’œillet » que l’on trouve dans la première partie de Petrusmok en tenant compte de cette précision que cet « œillet » comporte un premier sens : il évoque la faculté que l’Etre de feu qui lui apparaît procure à CHAZAL de « voir » par vision et deviner par révélation. [7] Il s’agit en quelque sorte du contraire d’une « œillère ».

Cette vision est symboliquement très riche et se présente comme très suggestive : jambes qui jaillissent des pétales, un tronc de pistil (symbole phallique), le regard des pointes d’étamines (rappelant celui de la fleur d’azalée), hanche et cuisses de femme offertes au soleil (symbole de Dieu, de l’Esprit Saint ou de la volupté ?). Un Homme-Femme s’agitait dans cette fleur. Nous nous trouvons là, à la fois, devant l’évocation de l’incarnation du Christ-Verbe, et devant le symbole de la complémentarité des sexes rassemblés au sein d’une unique fleur, l’œillet, lui-même symbole du regard rénové, du regard de « l’Eveillé ».

Sous le choc du regard de l’Etre de Feu, le regard de Malcolm de Chazal se fait unité ; il perçoit forêts, montagnes, eaux, lumière et toutes leurs animations, réunies à travers « les gestes du prisme des correspondances ». Ensuite, il voit tout sous l’angle de l’homme universel qui est dans tout et dont il n’est, lui, qu’une co-partie. Enfin, au sein de l’œillet, il voit surgir les figures du masculin et du féminin, évocation de l’Androgyne (ou Gynéandre) primitif. D’où, par effet de correspondance, pénétration de la prédisposition du Verbe divin a devenir Chair, dès l’origine, et du même coup, compréhension de la naissance et de la progression de l’Enfant-Christ.

Une autre vision, dans Petrusmok, apporte des éléments complémentaires : celle de la Femme qui n’est pas un Etre, mais un dieu. Dans cette « révélation », on trouve, à la fois, des échos du récit de la naissance miraculeuse du Christ, selon Luc 1, 26-35, et de plusieurs textes de la Genèse. Selon l’un de ces derniers, la femme (la Première Eve), a été tirée de l’homme (Adam). C’est elle qui transmet et donne la vie. Adam l’appelle d’ailleurs « Eve », du verbe hébreu Khava, qui signifie vivre.

Ce qui n’est pas clair dans la révélation chazalienne, c’est pourquoi et comment la femme qui lui apparaît est une femme-dieu. Il la présente comme une nouvelle Eve, non seulement créée « à l’image de Dieu », mais « engendrée » par Dieu. Faut-il l’identifier avec Marie, la mère de Jésus, ou alors est-elle celle qui a enfanté le Christ originaire ? La théologie chrétienne, dans certaines de ses traditions, a cru bon d’établir des rapprochements entre la Première Eve et la Vierge Marie, mère du Christ et médiatrice de la vie spirituelle. Mais elle s’est refusé à aller jusqu’à lui attribuer le titre de déesse.·

Intéressons nous à la place du Dieu créateur dans la pensée de Chazal. Dieu est impliqué dans la création des réalités physiques, corporelles, terrestres, aussi bien que dans celle des spirituelles et des célestes. Dans la vision (et l’expression) de Malcolm de Chazal de tout ce qui touche aux phénomènes, interviennent constamment des formulations mythiques, symboliques, mystiques, poétiques qui tendent à nous transporter dans un autre type de réalité que celui de la sensibilité habituelle.

Dieu dispose du Logos et l’utilise dans son œuvre de création. Mais, de que1 « Logos » s’agit-il, puisque, chez Chazal, ce Logos peut se trouver déconnecté de la Raison et de la Parole ? Est-il analogue à celui du Christianisme ? Dans la Bible, la Parole de Dieu (ou Verbe de Dieu), que ce soit le « Debar » de la Genèse, ou le Logos du Nouveau Testament, est « Puissance » tout autant que « Lumière » et « Vérité ». Mais elle tend, par essence, à se révéler et à se communiquer aux hommes. Chez Malcolm de Chazal, d’un côté, Dieu est présenté comme trop loin des hommes dans son Absolu pour qu’on puisse l’imaginer sous quelque figuration que ce soit. Et, de l’autre, en tant qu’il est l’Etre de tous les étants, il ne peut se dérober à eux, cela, à la manière d’une source qui suinte ou qui ruisse1le en tout et en tout lieu. Son existence n’a donc pas à être prouvée ni révélée : il est l’évidence même.

Chez Malcolm de Chazal, la question d’une théogonie (au sens de la naissance de Dieu, ou des dieux, avant même la formation de l’univers) ne se pose pas. Dieu l’Un, l’Absolu, existe de toute éternité comme il existe de toute évidence. Sub, Tot, la Femme-Dieu sont bien mentionnés comme dieux. Mais ce sont des dieux subalternes. La Femme a été engendrée par lui et les autres font partie de ses créations.

Chez Chazal, Jésus se rencontre en tant qu’homme exemplaire (« celui qui a découvert totalement le sens de la Vie, qui est Dieu »). On le rencontre en tant que celui de la bouche duquel sort le Verbe authentique (le Poète inégalable). Egalement aussi en tant que le Christ, Fils de Dieu, né de la Femme-dieu, et en tant que Symbo1e mythique (le Christ générique).

Malcolm de Chazal accorde une place importante à la Croix comme symbole de l’unité de l’homme reconstitué, mais sans allusion à son propos à une manifestation d’un sacrifice rédempteur.

L’Esprit, chez Malcolm de Chazal, ne paraît pas mis sur le même plan que le Christ en tant que manifestation divine et puissance salutaire. Chazal ne fait pas mention de l’Esprit comme participant avec Dieu et avec le Christ à une trinité, chose impensable d’ailleurs pour lui, le Dieu Un ne pouvant souffrir le moindre soupçon de fêlure. Mais il fait assez souvent référence à l’esprit et à la qualité spirituelle des êtres et des choses, à son intervention efficace au cours de ses expériences visionnaires (cf. la vision de l’œillet, dans la première partie de Petrusmok, où l’Etre de feu est la personnification de l’Esprit).

Quel est donc ce Dieu, en définitive ? Qui est ce Dieu ? Pour Malcolm de Chazal, il coïncide dans l’ensemble avec le Dieu du Christianisme. Mais, poussé par sa préoccupation de parvenir à l’image de la divinité dans sa forme totale et définitive, et à une religion parfaitement purifiée et authentique, il n’hésite pas à lui joindre des apports parfois tout à fait hétérogènes. Alors, question inévitable : s’agit-il de révélations, ou de l’élaboration d’une synthèse suggérée ou dictée par son inconscient ?

Dans le but de faire ressortir la distance prise par Chazal à l’égard de la doctrine chrétienne traditionnelle, reprenons quelques points déjà abordés. A propos de Jésus-Christ, on trouve chez Chazal les deux aspects de la théologie chrétienne classique : l’aspect humain et l’aspect divin. Il raconte comment il a compris que le Verbe devint Chair. Et par cette compréhension sans précédent, il est conduit à une représentation de Dieu qu’il considère comme un dépassement et un élargissement décisif par rapport à toutes les vues traditionnelles. Cela déclenche, en effet, dans son esprit un phénomène de fusion grâce auquel le panthéisme rejoint le monothéisme, fusion qui est la clef de l’Unisme à la fois au niveau du divin, à celui des rapports entre tous les êtres reliés par le principe des correspondances et à celui des rapports entre la totalité des êtres et la totalité du divin.

En ce qui touche la Création, les choses ne sont pas très précises. Emanation ? Matière-Esprit éternelle ? Création à partir de rien ?

Toutes sortes de mythes, de figures, de visions interviennent donc dans cette conception de Dieu de Chazal. Ce sont, semble-t-il, surtout pour lui des signes intermédiaires entre réalités concrètes et formes spiritualisées, car, en définitive, il laisse à entendre, vers la fin en tout cas, que tout cela est à comprendre dans l’esprit et selon l’esprit, seule réalité stable et éternelle.

Tout cela amène à constater que la conception que Chazal se fait de Dieu est toute nouvelle par rapport à celle que les théologiens chrétiens ont tiré de la Bible. Selon Chazal, on ne peut ramener Dieu à l’idée d’une personne. Il est celui qui seul peut donner aux êtres leur caractère personnel, mais, englobant tout et étant en tout, son Etre dépasse toute définition, toute délimitation. Il était le Tout et l’Absolu avant que parût l’homme et cet univers auquel il a imprimé sa marque néfaste.

Il est vrai, pourtant, que certains théologiens chrétiens ont estimé que, par delà le Dieu révélé, par delà le Dieu-Personne, il existait un Dieu caché, un Dieu des profondeurs insondables. Ce fut aussi la conviction de plusieurs grands mystiques. Et le sentiment de tous ceux-ci était que ce côté obscur de Dieu échappait à toute assimilation avec la définition d’une personne applicable à l’homme.

Dans Petrusmok, on trouve, par ailleurs, les affirmations suivantes : « Le Bien, c’est Dieu ; Dieu est l’Amour ; le Mal et le non-amour ne viennent donc pas de Dieu ». Et aussi : « Dieu a permis que les contraires existent à cause du choix, à cause de la liberté humaine ». Ainsi, en laissant l’homme libre, Dieu prend le risque que la division et le désordre abîment et défigurent son œuvre. Telle est la raison du mal que nous constatons de manière empirique, alors qu’il ne devrait pas exister. Ici CHAZAL est proche de la théologie chrétienne, sauf que celle-ci insiste sur un aspect personnel qui paraît absent chez lui , car d’après les exégèses juives et chrétiennes, Dieu, selon la Bible, dote l’homme de liberté parce qu’il désire être reconnu et aimé librement par lui.

On peut aussi noter que Chazal n’indique nulle part qu’une relation authentique de l’homme à Dieu impliquerait une quelconque variété de sacrifice, d’offrande ou de prière.

Encore un point important. Chez Chazal, comme chez les Gnostiques, il n’est ménagé à Dieu dans l’Histoire ni place nettement assignée, ni rôle nettement défini, ceci, à la différence de ce que l’on constate dans l’Ancien et le Nouveau Testament, où Dieu et son action y sont mêlés de très près (tant à celle des peuples qu’à celle d’Israël et de l’Eglise). Avec Chazal, comme avec les Gnostiques, nous nous trouvons dans un temps et un espace qui, à première vue, apparaissent marqués d’un caractère mythique, où l’Histoire ne joue un rôle qu’à l’arrière plan.

La notion d’Amour est fortement présente chez Chazal. Mais, si, dans la Bible, elle apparaît en relation constante avec celle de Personne, chez lui, cette conjonction n’est guère sensible. L’Amour, chez Chazal, tient plutôt de l’Eros platonicien ou néoplatonicien que de l’Agapè paulinienne ou de la Charité augustinienne. Pour lui, il s’agit d’une force qui émane de Dieu, qui traverse toutes les composantes du Cosmos, assurant sa cohésion et son unité sans faille. Mais c’est une force quasi impersonnelle. Il ne semble pas que l’on puisse affirmer à son sujet, comme dans la première épître de saint Jean : « Dieu est Amour ». [8]

L’insistance de Chazal sur la place éminente de la Volupté dans sa vision d’ensemble renforce ce sentiment. Bien que cette volupté ne soit pas comprise par lui avant tout dans un sens de jouissance physique, et qu’il la pense dans le cadre d’un amour sain, tout particulièrement celui de l’amour conjugal ; il s’avère qu’il s’agit bien toujours d’un Amour aimanté par l’Eros.

Malcolm de Chazal a-t-il soif de liberté ? Il a soif de liberté, mais cette liberté, il l’a trouvée et il la trouve dans ce qu’il appe1le « l’humination », qui n’est pas du tout synonyme de « l’hominisation » teilhardienne, mais qui correspond à l’acceptation de la fusion de son soi avec tous les autres « soi ». Paradoxalement, c’est cette fusion qui lui permet d’accéder à sa réelle identité, sa véritable individualité.

Chez Teilhard, [9] le processus d’hominisation se situe dans la montée d’une complexification évolutive, même si Teilhard prend soin de souligner la discontinuité dans l’apparente continuité entre biosphère, noosphère et christosphère. Aux yeux de Chazal, ni dialectique hégélienne, ni dialectique teilhardienne, n’ont de validité. Il faut rompre, basculer de l’autre côté. Il n’est pas question de vivre une vie en mal de perfection autrement ou à un autre niveau, à un autre stade, mais de vivre une vie tout autre.

Chazal est donc fortement attaché à la nécessité d’une conversion (comme il l’appelle lui-même), conversion que l’on peut à juste titre rapprocher de celle dont parlent les Evangiles et la doctrine chrétienne. Cette conversion permet à l’homme de n’être plus le simple jouet d’un destin qui préside à la succession des évolutions et involutions. Ainsi, de certains passages de son œuvre comme des réponses a des interviews, il ressort que, tout en se situant dans le Destin, Chazal n’écarte pourtant pas un renversement de situation au plan personnel. Et c’est en cela qu’il n’aurait pas été fermé à la notion d’un salut, salut assurément tout à fait différent du salut chrétien.

N’a-t-il pas laissé entendre que, dans la mesure où un individu (lui par exemple) accède, soit par illumination, soit par révélation, à cette expérience grâce à laquelle il se trouve doté de la triple vue, il connaît un destin qui change de sens et de fin. Et si, pour l’heure, il ne discerne aucun signe avant-coureur, il n’exclue pas qu’un jour une part plus ou moins large de l’humanité, dans l’angoisse de la prise de conscience de l’impasse dans laquelle elle est engagée, en vienne à se tourner vers cette issue libératrice. Cela avait pris forme en lui, dans ses dernières années, avec le projet de constituer une petite communauté, germe d’une Eglise purifiée et authentique. Le petit groupe rassemblé autour de lui ne répondra pas à son attente. Mais Chazal, illustrant la devise de Guillaume le Taciturne : « Point n’est besoin d’espérer pour entreprendre, ni de réussir pour persévérer », va continuer son combat solitaire en se lançant, son message de prophète étant resté celui de la voix prêchant dans le désert, dans l’aventure, pas très heureuse non plus, du témoignage par la peinture.

IV Aspects divers de l’Unisme chazalien

La poétique chazalienne

Quelques notes tout d’abord à propos des singularités de la poésie chazalienne. Lorsque Sens Plastique est publié, suscitant une admiration élogieuse du côté du groupe surréaliste, depuis un siècle déjà, les traits de la figure du poète avaient été soulignés avec un relief nouveau. Conscience avait été clairement prise qu’un poète n’est pas seulement celui qui chante le bonheur ou le malheur des hommes, ni non plus les beautés et les grandeurs parfois terrifiantes de la nature. Le poète est aussi celui qui tente de forer au travers de toutes les illusions, de tous les clichés, de toutes les scléroses, pour faire sourdre ce qui n’est pas perçu, ce qui est sur le point d’être conçu ou imaginé, ou même ce qui est pressenti comme inconcevable ou inimaginable. Dès ses débuts, la poésie de Malcolm de Chazal est participante de cette orientation. Et pourtant rapidement, sa singularité va s’affirmer, de façon si inattendue pour le milieu littéraire parisien que celui-ci lui fermera bientôt les oreilles.

Une des causes de cette désaffection, ce fut le lien toujours plus étroit qu’il va établir entre sa poétique et le modèle de pensée auquel il prétendra tout soumettre et qu’il appellera « l’Unisme ». Il n’est désormais pour Chazal qu’un seul Verbe valable, qu’un seul Logos véridique. Tous les autres sont des verbes vecteurs d’illusion ou de dévoiement. Or, ce seul Verbe vrai, Chazal est le seul à être à même de le proférer. Poésie, et tout aussi bien mystique ne sont des catégories intouchables dans l’optique chazalienne. Il a, en effet, pour axiome conscient et avoué que tout doit être remodelé à partir de la conversion à l’Unisme.

Autre remarque. Chazal écarte la métaphore ; il n’a nulle complaisance pour le symbole manipulé de façon abstraite. Il leur préfère « l’analogie ». Pourquoi ? c’est, semble-t-il, parce qu’à son sens le mythe est bien plus actif, plus vivant, plus réellement parlant que la métaphore ou le symbole. Métaphore, symbole, pour lui, sont réducteurs. Ils ne prennent pas en compte les harmoniques et résonances multiples. Ils ramènent à un type stylisé, à un plus petit commun dénominateur. L’analogie, telle qu’il l’entend, s’avère à ses yeux plus ouverte, plus flexible. Elle s’offre à une multiplicité de point de contact, de combinaisons, d’interpénétrations. Elle se prête à une multiplicité d’échanges et de correspondances.

Prenons en compte la distinction courante que l’on établit entre exégèse et herméneutique. L’exégèse est une explication au plus près du texte. Elle s’efforce d’en dégager le sens de la façon la plus rigoureuse possible. L’herméneutique est une interprétation. Elle laisse une place à la transposition, aux hypothèses, à l’actualisation, sans souci extrême des anachronismes. (Hermes avait chez les Grecs la réputation d’être quelque peu illusionniste. Il était même tenu pour le dieu des voleurs, habile à prendre son bien où il le trouvait).

Or, on ne distingue pas toujours clairement chez Chazal ce passage de l’exégèse à l’herméneutique, et de l’herméneutique à l’extrapolation délibérée. Par ailleurs, il estime prophétie, poésie, mystique comme mieux aptes à l’expression de sa pensée que la rhétorique classique. Dans tous les cas, ce qu’il vise avant tout, c’est à ne pas se trouver englué dans quelque forme de langage que ce soit. Prophétie, poésie, mystique, il a le sentiment que le message qu’il leur fait porter (ou supporter) les amène à un degré de transcendance exceptionnel.

De tout cela il résulte qu’il faut user de prudence dans les rapprochements qui se présentent à la lecture de Chazal avec la mythologie gréco-romaine ou avec les mythes et légendes bibliques, ou autres. Ces similitudes sont liées à des choix peu ou prou arbitraires. C’est Chazal qui en fixe la signification et la pertinence au moment où il les utilise.

Dans le même ordre d’idées, Petrusmok doit être accueilli, par rapport à l’île Maurice des géologues et des géographes, comme une recréation imaginaire du site. Il s’agit d’une invention plus ou moins fantasmagorique, mais plus réelle pour son auteur que le réel, et dont les racines, le support préhistorique et historique ont une importance relative. Ils risquent même, si l’on s’y accroche, de déformer ou détruire la vérité qu’on tenterait de cerner de la sorte.

Malcolm de Chazal, on peut l’observer encore, n’hésite pas à recourir sans complexe au syncrétisme, et il n’y a pas lieu de s’étendre sur les invraisemblances ou les incohérences qui peuvent en résulter chez lui. Il lui arrive de saluer implicitement tout au moins la valeur qu’il accorde à ses sources. Mais il est persuadé d’avoir dépassé tout cela. Il est le Prophète ; il est le Messie. Il sait qu’il a pour mission de tout aligner sur l’Unisme. Tout ce qui ne peut être ployé dans ce sens est à rejeter comme scorie néfaste ou négligeable.

Faisant preuve d’un exclusivisme hautain, Chazal se dérobe à la critique venant de l’extérieur. Il affirme, tel Cyrano, ne pas négliger l’autocritique. « Pour m’autocritiquer, il m’a fallu me voir en double de l’esprit, voir le dos de ma pensée; il m’a fallu voir le subconscient face à face, et devenir le subconscient. Telle est l’entreprise de La Vie Filtrée ». [10]

La mise sur la défensive de Malcolm de Chazal peut se justifier par les parti pris auxquels il s’est senti en butte. On peut comprendre qu’il y ait eu recours pour permettre à sa recherche de progresser dans un maximum de liberté et d’originalité. Il est certain qu’il a pressenti avec une grande acuité que les nouvelles conditions d’existence mettait en question la validité de tout ce qui avait été jusque là proposé. Il s’agissait pour lui de lutter, au besoin contre tous, pour le salut de « l’humanum » assailli, défiguré, perverti de toute part. Mais est-il certain, comme il le prétend, d’avoir été le seul à avoir ce souci à un aussi haut degré ?

V Attitude à l’égard de la science

Examinons pour terminer comment Malcolm de Chazal réagit à l’égard de la Science. Il ne s’agit pas de mettre en doute la décevante expérience qu’il a faite dans son adolescence, à propos de laquelle il déclare qu’il connut son « supplice de la fausse connaissance ». [11] Pourtant, cette « fausse connaissance » à laquelle il s’est heurté vers 1920 ne permet pas de résumer tout ce qui s’est produit depuis dans le mouvement scientifique. Et d’ailleurs, Chazal n’a pas ignoré le renouvellement de la problématique qui a eu lieu dans la plupart des branches du savoir. On trouve dans ses écrits la preuve qu’il a été sensible à des événements nouveaux. Il porte un vif intérêt aux réflexions de Teilhard de Chardin, d’Albert Einstein, de Gaston Bachelard. Il a rencontré Merleau-Ponty, [12] qui passa le voir à l’île Maurice. Or, ce phénoménologue, dans ses derniers travaux (Le Visible et l’Invisible ; L’œil et l’Esprit), s’est montré, bien que Chazal n’en ait pas convenu, proche de ses préoccupations et a apporté des éclairages d’un grand intérêt sur les rapports entre corps et esprit, entre sensibilité et raison.

Bien sûr, la question pouvait se poser pour Chazal : cette révolution (en particulier dans les domaines de la physique de l’atome, de la physique Quantique, de la conquête spatiale), allait-elle effectivement dans le sens d’une raison affranchie de la tyrannie du rationalisme, ou dans celui d’une raison encore plus déboussolée par la relativisation généralisée de toute expérience sensible ? en tant que visionnaire, ce qu’il avait conscience d’être, il pouvait penser se trouver en avance sur les changements en cours. Et on ne peut lui reprocher d’avoir sonné l’alarme (en compagnie d’autres, tel Edgar Morin) [13] par rapport à l’urgence des périls et à la lenteur des réactions manifestées.

Quoi qu’il en soit, Malcolm de Chazal interprète à sa manière les données scientifiques modernes comme celles du passé. Et ce n’est pas de ce côté-là qu’il cherche ses repères et ses ancrages. Ses garanties, il les cherche dans ses visions et divinations. Il se propose, et parfois se proclame, comme le Révélateur. Le salut ne peut venir que de l’acceptation de ses thèses, que de la foi en la vérité absolue et indépassable de l’Unisme. Et, c’est avec la « Triple-vue » seule que l’on échappe à la dissociation du processus « objectivisation-subjectivisation », comme à celui « d’analyse synthèse ».

Seule la « Triple-vue » fonctionne en constante interférence à cet égard. Elle met en mouvement des sensations, des images, et non des idées. Avec la « Triple-vue », par laquelle on s’éveille a l’Unisme, tout devient autre, que ce soit les « objets » ou les représentations, pensées ou sentiments qu’ils suscitent, que ce soit les consciences qui les rencontrent et qui sont rencontrées par eux. Tout devient autre, et nous devenons tout !

En guise de conclusion provisoire

Difficulté d’évaluation

La pensée de Malcolm de Chazal présente tellement de facettes, tellement de variations sur des thèmes parfois proches les uns des autres, et parfois sans points communs évidents, que l’on peut toujours craindre de glisser inopinément ses propres conceptions à la place des siennes. C’est d’ailleurs ce dont il avait prévenu ses éventuels commentateurs, allant jusqu’à estimer que, de toute façon, pareille tentative était vouée à l’échec.

Ce qui gène également lorsqu’on s’aventure dans ce genre d’exercice, c’est que très souvent, n’est pas clairement indiqué à quel stade de l’involution ou de l’évolution, (qui selon Chazal, rythment la vie du monde et de l’humanité), se situe tel ou tel de ses développements ou de ses évocations. En outre, Chazal se prétend incomparable, et, à la manière de Melchisédeq, sans généalogie, sur le plan métaphysique ou religieux. Mais, est-il acceptable, et cela a-t-il un sens, de récuser tout essai de critique à l’égard de sa critique, une critique aussi radicale qu’universelle ?

Ceci considéré, il semble qu’il y ait deux façons d’apprécier la cosmogonie chazalienne. Ou bien, mettre en évidence les imprécisions et les contradictions peu compatibles avec l’affirmation d’un Unisme rigoureux ; ou bien, les présenter comme ne touchant pas à l’essentiel, et souligner, au contraire, une remarquable unité dans la ligne de réflexion, à travers les variations des points de vue et des pistes de recherche, en faisant valoir que les passages douteux ne traduisent que des phases épisodiques, et que leur contenu se trouve relativisé dans le mouvement d’ensemble de la pensée.

Il est certain que le recours privilégié au mythe, à la mystique, les connivences avec l’occultisme, les angles de vue changeants, amènent à se demander s’il existe une, ou plusieurs cosmogonies chazaliennes. Pourtant, on ressent chez Chazal la préoccupation ardente de rattacher toutes ses trouvailles et révélations à une vision fondamentalement cohérente. Il faut donc rester attentif au fait que, contrairement aux apparences, il ne perd jamais de vue ses jalons successifs au fur et à mesure qu’il explore et creuse ses multiples pistes. Néanmoins, même s’il lui arrive d’avertir qu’il considère certaines de ses prises de position comme dépassées ou obsolètes, il y a lieu en d’autres cas de vérifier si elles sont intégrables à l’ensemble et dans quelle mesure elles jouent le rôle de facteurs d’équilibre dans une construction qu’il reconnaît lui-même comme ne pouvant être qu’inachevée.

Après la fin de l’Histoire, certains parlent de la fin de la Métaphysique. [14] L’oeuvre de Chazal conduit à mettre en doute cette assertion, non seulement à cause de sa réalisation, mais à cause de toutes les questions qu’elle ouvre, de toutes les pistes insuffisamment explorées que son syncrétisme hardi (bien que parfois superficiel et contestable) amène au jour. Cela résulte sans doute justement de ce rapprochement entre la pensée de 1’occident et les sources venues des autres civilisations et cultures, et aussi de la mise en contact et en interaction sans exclusive de courants issus de multiples horizons religieux, philosophiques, voire ésotériques. Par ce parti pris, Chazal réussit à faire craquer certains a priori, certains blocages, certains tabous, à favoriser une souplesse nouvelle dans la réflexion et dans la recherche.

On peut donc estimer qu’une telle mise en cause du rationalisme et du scientisme par un mode de pensée à base de révélation intuitive, de vision mystique et de sensibilité poétique, a sa validité. Mais, ce qu’il faudrait établir, c’est si sa vision et ses prises de position présentent une originalité et une pénétration telles qu’elles portent plus loin et plus profond, et si elles relèvent d’une conversion mentale plus complète que celles d’autres penseurs contemporains. La piste qu’il a choisie (celle qui s’est imposée à lui), celle d’une sensibilité transcendantale appelée à disqualifier ou marginaliser la raison, est-elle vraiment en mesure de fournir la « pierre philosophale », ou la Panacée miraculeuse susceptibles de sauver l’homme et l’humanité ?

Ultime remarque : Malcolm de Chazal entrevoit et appelle la naissance d’une humanité affranchie. Dans la mesure où cette humanité devrait fondre son soi dans le soi du Cosmos et de la Nature, et devenir de ce fait sensible en tout à la présence du lien divin qui assure l’unité sans faille des êtres, elle ne pourrait que correspondre à une espèce nettement différente du « surhomme » de Nietzsche. Ce dernier avait, en effet, conçu son surhomme comme apte à occuper la béance occupée par le vide de la « mort de Dieu ». Encore faudrait-il que le Dieu Un auquel l’homme est appelé à s’unir selon Malcolm de Chazal pour retrouver liberté et intégrité soit effectivement, lui, un Dieu vivant.

Table des illustrations

Table des illustrations

carte 1 Voyages extatiques de Chazal dans le chapitre “l’idéale île Maurice”. Erreur! Signet non défini.

carte 2 Voyages extatiques de Chazal dans le chapitre “La danse d’Unité”. Erreur! Signet non défini.

carte 3 Voyages extatiques de Chazal dans le chapitre “La prophétie des montagnes” Erreur! Signet non défini.

carte 4 Voyage extatique de Chazal dans le chapitre “Le dieu de la montagne” Erreur! Signet non défini.

carte 5 Voyages extatiques de Chazal dans le chapitre “Le pansexualisme divin” Erreur! Signet non défini.

carte 6 Voyages extatiques de Chazal dans le chapitre “La roche qui instruit” Erreur! Signet non défini.

carte 7 Voyage extatique de Chazal dans le chapitre “Le Moïse de pierre” Erreur! Signet non défini.

carte 8 Voyage extatique de Chazal dans le chapitre “Au Pouce le dernier mot” Erreur! Signet non défini.

carte 9 Localisation des signes dans les montagnes autour de Port-Louis Erreur! Signet non défini.

carte 10 Voyage extatique de Chazal dans le chapitre “première vision” Erreur! Signet non défini.

carte 11 Voyage extatique de Chazal dans le chapitre “Deuxième vision” Erreur! Signet non défini.

carte 12 Voyages extatiques de Chazal dans le chapitre “Le mythe exemplifie” Erreur! Signet non défini.

carte 13 Voyages extatiques de Chazal dans le chapitre “Le faux mythe et le vrai mythe” Erreur! Signet non défini.

carte 14 Voyages extatiques de Chazal dans le chapitre “Les monts cosmiques” Erreur! Signet non défini.

carte 15 Voyage extatique de Chazal dans le chapitre “Moh, ou le Trou-aux-Cerfs glorifié”……………………………………………………………………… Erreur! Signet non défini.

carte 16 Voyages extatiques de Chazal dans le chapitre “Allégorie de la Vallée des Prêtres et de Crève-Coeur”………………………………………………… Erreur! Signet non défini.

carte 17 Voyages extatiques de Chazal dans le chapitre “Le Cœur et l’Esprit” Erreur! Signet non défini.

carte 18 Voyages extatiques de Chazal dans le chapitre “L’Eglise de chair et l’Eglise de l’esprit”……………………………………………………………………… Erreur! Signet non défini.

carte 19 Voyages extatiques de Chazal dans le chapitre “Panthéisme à Chamarel” Erreur! Signet non défini.

carte 20 Voyage extatique de Chazal dans le chapitre “Encore l’Enfer” Erreur! Signet non défini.

carte 21 Voyages extatiques de Chazal dans le chapitre “La Caverne Rose” Erreur! Signet non défini.

carte 22 Voyages extatiques de Chazal dans le chapitre “Réapparition” Erreur! Signet non défini.

carte 23 Voyages extatiques de Chazal dans le chapitre “Adam et Eve dans le roc” Erreur! Signet non défini.

carte 24 Voyages extatiques de Chazal dans les chapitres “Je marche vers la bête” et “Mooreebaba”……………………………………………………………………… Erreur! Signet non défini.

carte 25 Voyages extatiques de Chazal dans le chapitre “La pierre apocalyptique” Erreur! Signet non défini.

carte 26 Voyages extatiques de Chazal dans le chapitre “De Crève-Coeur à Dauguet” Erreur! Signet non défini.

carte 27 Voyages extatiques de Chazal dans le chapitre “Vent de haine et souffle de folie”……………………………………………………………………… Erreur! Signet non défini.

carte 28 Voyages extatiques de Chazal dans le chapitre “Le cycle infernal” Erreur! Signet non défini.

carte 29 Voyages extatiques de Chazal dans le chapitre “Au sein de la Vallée des Prêtres”……………………………………………………………………… Erreur! Signet non défini.

carte 30 Voyages extatiques de Chazal dans le chapitre “Les mythes vers Moka” Erreur! Signet non défini.

carte 31 Voyages extatiques de Chazal dans le chapitre “Les bêtes apocalyptiques de la pierre”……………………………………………………………………… Erreur! Signet non défini.

carte 32 Rose-Croix infernale sur le Pieter-Both Erreur! Signet non défini.

Table des matières

Table des matières

Avertissement………………………… Erreur! Signet non défini.

Tableaux synoptiques de Petrusmok Erreur! Signet non défini.

Livre premier : Petrusmok (Roman mythique) Erreur! Signet non défini.

Première partie : Petrusmok…………………………. Erreur! Signet non défini.

l’idéale Ile Maurice……………………………………… Erreur! Signet non défini.

La Chute……………………………………………………. Erreur! Signet non défini.

Je termine………………………………………………….. Erreur! Signet non défini.

Deuxième partie : L’île miracle……………………… Erreur! Signet non défini.

Notes………………………………………………………… Erreur! Signet non défini.

Troisième partie : Le rêve recommence…………… Erreur! Signet non défini.

La danse d’unité…………………………………………. Erreur! Signet non défini.

La prophétie des montagnes…………………………. Erreur! Signet non défini.

Quatrième partie : Les réalités éternelles………… Erreur! Signet non défini.

Le message dernier des montagnes………………… Erreur! Signet non défini.

Cinquième partie : Prophéties dans la pierre…… Erreur! Signet non défini.

Les prédictions…………………………………………… Erreur! Signet non défini.

Sixième Partie : TOT ou l’histoire d’une pierre… Erreur! Signet non défini.

Le dieu de la montagne……………………………….. Erreur! Signet non défini.

Septième partie : SUB ou La roche et le lingam.. Erreur! Signet non défini.

Le pansexualisme divin……………………………….. Erreur! Signet non défini.

Huitième partie : PTA ou l’enfer des formes…….. Erreur! Signet non défini.

La roche qui instruit……………………………………. Erreur! Signet non défini.

Neuvième partie : MA ou les tables de la Loi…… Erreur! Signet non défini.

Le Moïse de pierre………………………………………. Erreur! Signet non défini.

Dixième partie : Le sermon sur la montagne……. Erreur! Signet non défini.

Au Pouce le dernier mot………………………………. Erreur! Signet non défini.

Onzième partie : Particularités des Lémuriens…. Erreur! Signet non défini.

Le parler en Lémurie…………………………………… Erreur! Signet non défini.

Les Gestes…………………………………………………. Erreur! Signet non défini.

Les symboles……………………………………………… Erreur! Signet non défini.

Leur apparence…………………………………………… Erreur! Signet non défini.

Leurs noms………………………………………………… Erreur! Signet non défini.

Signes dans les montagnes de Port-Louis………… Erreur! Signet non défini.

Douzième partie : Apocalypse dans le ciel mauricien (deux visions) Erreur! Signet non défini.

Première vision…………………………………………… Erreur! Signet non défini.

Deuxième vision………………………………………… Erreur! Signet non défini.

Treizième partie : Mythes et animations………….. Erreur! Signet non défini.

Le corps intègre………………………………………….. Erreur! Signet non défini.

Correspondances………………………………………… Erreur! Signet non défini.

Le Pouce va vers l’amour / Les montagnes de l’île Maurice tournent / La montagne des signaux s’évente / Le Pouce court dans le Champ de Mars / Si tu avais l’oeil d’un enfant / La montagne bouge / « Grain de poussière » du Morne / Attention de tomber dans les montagnes / Le Pieter-Both tire / Soleil dans Port-Louis / Le Tranquebar « cille » des yeux / Le Pouce se gratte la tête / Le vent souffle sur la vallée Pitot / Diégo-Guarcia marche dans les cocotiers…………………………………………………………………………… Erreur! Signet non défini.

Livre deuxième : MACOKO (le mythe des montagnes) Erreur! Signet non défini.

Première partie : Le Sinaï mauricien……………… Erreur! Signet non défini.

Le mythe exemplifie…………………………………… Erreur! Signet non défini.

Deuxième Partie : Le faux mythe et le vrai mythe Erreur! Signet non défini.

De Mokko au pleasure ground……………………… Erreur! Signet non défini.

Troisième partie : Dans l’invisible par les étoiles Erreur! Signet non défini.

Les monts cosmiques………………………………….. Erreur! Signet non défini.

Quatrième partie : La matrice de pierre…………………………………………. 542

MOH, le Trou-aux-cerfs glorifié…………………………………………………… 543

Cinquième partie : Les enfers intérieurs…………………………………………. 547

Allégorie de la Vallée des Prêtres et de Crève-Coeur………………………… 548

Sixième partie : Les paradis intérieurs………………………………………….. 553

Le Coeur et l’Esprit…………………………………………………………………….. 554

Septième partie : La pierre-ombilic……………………………………………….. 557

L’église de Chair et l’église de l’esprit……………………………………………. 558

Huitième partie : MHA ou Le roc et l’eau………………………………………. 562

Panthéisme à Chamarel……………………………………………………………….. 563

Neuvième partie : Ile Maurice : Terre-Sainte………………………………….. 569

Le poète crucifié………………………………………………………………………… 570

Dixième partie : La pierre, être humain…………………………………………. 572

Explosion………………………………………………………………………………….. 573

Encore l’enfer……………………………………………………………………………. 574

La caverne rose………………………………………………………………………….. 577

Onzième partie : Néo-Genèse……………………………………………………….. 580

L’homme dans Tout……………………………………………………………………. 580

Douzième partie : Jésus à l’île Maurice…………………………………………. 583

Réapparition………………………………………………………………………………. 584

Treizième partie : Le secret du Sphinx…………………………………………… 587

Des roses et des étoiles………………………………………………………………… 588

Le Pouce et le Lion…………………………………………………………………….. 590

La vision prend son sens……………………………………………………………… 593

Quatorzième partie : Adam et Eve dans le roc………………………………… 594

L’Eden et la Chute dans la pierre………………………………………………….. 595

Quelques expériences mystiques…………………………………………………… 600

Quinzième partie : Le diable pétré………………………………………………… 602

Au presbytère…………………………………………………………………………….. 603

Vers Crève-Coeur………………………………………………………………………. 605

Je marche vers la bête / Mooreebaba……………………………………………… 607

Seizième partie : Macoko ou le péché (Du Pieter-Both à la Genèse)….. 611

La pierre apocalyptique……………………………………………………………….. 612

Dix-septième partie : La tentation au sein de la pierre……………………… 616

De Crève-Coeur à Dauguet………………………………………………………….. 617

Dix-huitième partie : Le roi rouge…………………………………………………. 622

Vent de haine et souffle de folie…………………………………………………… 623

Dix-neuvième partie : Hargamedon dans la pierre………………………….. 626

Le cycle infernal………………………………………………………………………… 627

Vingtième partie : l’Empereur des ténèbres, le Démon, l’Homme à la tour, le porc couronné 630

Au sein de la Vallée des Prêtres……………………………………………………. 631

Vingt-et-unième partie : Le Roi double, le Léopard, l’Homme qui prie, La femme et l’homme rouge 634

Les mythes vers Moka………………………………………………………………… 635

Vingt-deuxième partie : Au pays de l’animalité……………………………….. 638

Les bêtes apocalyptiques de la pierre…………………………………………….. 639

Vingt-troisième partie : La Chute………………………………………………….. 643

Le Pieter-Both révélé 644

Vingt-quatrième partie : Expériences occultes 647

Des signes, Illumination, La Main, l’Ancre 648

Appendice 650

Section I : Quelques jalons vers le mystère 651

Section II : le secret du Grand continent lémurien 652

Section III : l’Egsaz…………………………………………………………………….. 654

Section IV……………………………………………………………………………………………. 656

Conclusion…………………………………………………………………………………………… 658

La réconciliation des religions…………………………………………………………………. 659

Malcolm de Chazal le singulier…Ni « Surréaliste », ni « Nouvel Age », aède et champion de l’unique Unisme 660

Préavis………………………………………………………………………………………………… 660

I A propos de la mythique et de la symbolique de la pierre chez Malcolm de Chazal 665

II Remarques sur les rapports du Monisme et du Dualisme avec l’Unisme chazalien 668

L’Hindouisme……………………………………………………………………………………… 667

Le Néoplatonisme………………………………………………………………………………… 672

Les systèmes gnostiques……………………………………………………………………….. 672

Le Judaïsme et le Christianisme…………………………………………………………….. 672

La Théosophie et l’Occultisme………………………………………………………………. 674

Conclusion………………………………………………………………………………………….. 676

III « Dieu » chez Malcolm de Chazal et dans le cadre de l’Unisme…………….. 677

IV Aspects divers de l’Unisme chazalien…………………………………………………. 688

En guise de conclusion provisoire…………………………………………………………… 694

Table des illustrations……………………………………………………………………………. 698[1] René Agnel est un pasteur de l’Eglise réformée de France, aujourd’hui à la retraite. L’essai qu’il publie ici figurait auparavant dans le tome II de ma thèse de doctorat sous le titre Malcolm de Chazal le singulier…ni surréaliste, ni nouvel age…aède et champion de l’unique unisme.

[2] DELALANDE, André. Vocabulaire de la philosophie, Paris, PUF, 1947, p. 631.

[3] Cf LALANDE, André. Vocabulaire de la philosophie, Paris, PUF, 1947, p.244.

[4] Jean 12, 31 ; 14, 30 ; 16, 11.

[5] 2 Corinthiens 4, 4.

[6] Voir aussi 1 Corinthiens 11, 10 ; 15, 24-26 ; Colossiens 2, 14-15 ; 3, 5-7.

[7] CHAZAL, Malcolm de. La vie derrière les choses, p. 174 et 175 et Petrusmok, p. 8 à 10.

[8] I Jean 4, 8-16.

[9] TEILHARD de CHARDIN, Pierre. Le phénomène humain, Paris, Seuil, 1955, pp. 199-203.

[10] CHAZAL, Malcolm de. La vie filtrée, Paris, Gallimard, 1949.

[11] CHAZAL, malcolm de. Sens Unique, Port-Louis, Le chien de plomb, régent press, 1974, p. 5.

[12] TILLIETTE, Xavier. Merleau-Ponty, Paris, Seghers, 1970, pp. 88-89 et pp. 153-156.

[13] MORIN, Edgar. Terre Patrie, Paris, Seuil, 1993, 216p.

[14] cf l’article de Jean-Luc Marion, Phénoménologue, professeur à l’Université de CHICAGO, dans « Le Monde » du 27.09.98.