Le théâtre – Présentation : Robert Furlong

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Légende de la photo: 2011: Création de Les Désamorantes (1954). Mise en scène: Maryse d’Espaignet. Avec Sandrine Raghoonauth, Martine Oxenham, Christine Gufflet, Maryse d’Espaignet, Jacky de Maroussem, Jérôme Malherbes, Raj Gokhool, Jamel Colin, Robert Furlong.

Légende de la photo:
2011: Création de Les Désamorantes (1954). Mise en scène: Maryse d’Espaignet. Avec Sandrine Raghoonauth, Martine Oxenham, Christine Gufflet, Maryse d’Espaignet, Jacky de Maroussem, Jérôme Malherbes, Raj Gokhool, Jamel Colin, Robert Furlong.

LE THÉÂTRE DE MALCOLM DE CHAZAL

Une présentation de Robert Furlong publiée en avant-propos de l’édition de Moïse

[Paris : L’Harmattan, 2008]

Actualisée au 21j uin 20 1

 

Lorsque Léopold Sedar Senghor découvrit l’œuvre de Malcolm de Chazal, sa réaction fut immédiate : cette écriture poétique ne pouvait être comparée qu’à « un geyser de sève, un torrent de laves, une brousse de métaphores. »1 Puis vint la découverte de la peinture de Chazal, une peinture qui, selon les mots mêmes de Senghor, fait de lui « malgré son sang et les apparences (…) un des peintres africains les plus authentiques. » Enfin se produisit la rencontre sur la plage du Morne dans le sud-ouest de l’île en 1973, rencontre que Senghor relate comme suit : « Je lui dis : ‘La première fois que j’ai lu Sens-Plastique, votre chef-d’œuvre, j’ai cru que vous aviez du sang noir’. Et lui, souriant, de me répondre : ‘Rien ne pouvait me faire autant plaisir. L’Art s’est réfugié, est revenu à ses sources: en Afrique et en Inde’. » Le quotidien Le Mauricien du 5 juillet 1976 rapporte le regret exprimé publiquement par Senghor, au cours de son deuxième séjour à Maurice et lors du banquet des Chefs d’État de l’OUA, que le prix Nobel ait oublié Chazal, lui en qui se trouve – dit Senghor – « une certaine africanité, africanité dans sa vision du monde, dans sa poésie intuitive, dans le langage qu’il donne aux couleurs. » Cet hommage est certes mérité, même si Senghor ne connaissait pas le théâtre de Chazal : il aurait, en effet, eu un peu de mal à connaître ce théâtre réduit en nombre de pièces, à peine joué sur scène et édité, pour chacune d’elles, à 100 exemplaires à Maurice. Ces pièces – il faut le préciser d’emblée – sont toujours aussi méconnues, sinon inconnues : aucun des quelques ouvrages parus sur Malcolm de Chazal n’évoque ni ne décrit son théâtre.

Par rapport à l’ensemble de son œuvre composée de plus de 50 titres édités majoritairement entre 1935 et 1958, de près d’un millier de chroniques2 parues dans la presse mauricienne de 1948 à 1978 et d’une abondante production picturale (peintures et tapisseries confondues) principalement à partir de la fin des années 1950, Malcolm de Chazal n’a écrit que peu de pièces de théâtre. Ont été publiés à petit tirage et chez un imprimeur mauricien : Iésou3 en 1950, Judas4 en 1953, Les Désamorantes et Le Concile des poètes5 dans une même édition en 1954. Parmi ces pièces, Judas a été, d’une part, interprété à Maurice et, d’autre part, lu en représentation sur scène à Paris; Les Désamorantes et Le Concile des poètes ont été mis en scène lors du 1er Festival chazalien en 2011 ; Guerre dans Mars, que Chazal avait déclaré avoir brûlé, a été retrouvé sous forme manuscrite, publié et interprété lors du 2ème festival chazalien en 2013. On peut considérer comme œuvre dramatique, ne serait-ce que partiellement, Mythologie de Crève-cœur, les hommes de la pierre7 datant de 1951 et dont les premières pages sont écrites en forme de dialogue théâtral (indications scéniques comprises). Il faut y ajouter les pièces que Chazal déclare avoir brûlées. Chazal raconte cet autodafé dans Sens Unique en 1974 : « J’ai brûlé ainsi une armoire de manuscrits à la Cambuse sur la côte sud-est : dix pièces de théâtre (dont Guerre dans Mars, Les Atlantes, Moïse, Pythagore, Napoléon, Hermès, etc.) »8 Doit-on y ajouter deux autres titres (Rien que la terre et Jésus II) que Chazal mentionne dans l’édition originale de Judas parmi les ‘œuvres du même auteur’ en les présentant comme étant tous deux ‘en manuscrit’ et dont on n’a pas de trace ? De même, faut-il intégrer dans les œuvres brûlées une autre pièce, La Samaritaine9, que Chazal évoque dans un article publié en 1960 comme « une pièce apparentée à Judas, mais dans une autre manière et dans un autre style » ?

Revenant sur cet autodafé des années plus tard, Malcolm de Chazal répète : « J’ai brûlé ainsi une armoire de manuscrits (…) J’ai brûlé un théâtre de fleurs, une botanique magique, et tant d’autres ouvrages, que je considérais comme des étapes et qui n’ont servi qu’à moi-même. Poèmes cosmiques donnant les cieux allégoriques, au-delà du zodiaque et du Signe du Verseau. »10 L’acte de destruction volontaire est donc loin d’être la manifestation d’un coup d’humeur, voire d’une colère quelconque contre son lectorat : il s’agit plutôt de la destruction de ce qui n’était que des brouillons… Par contre, l’autodafé d’une partie de sa peinture auquel Malcolm de Chazal procède le 24 avril 1962 ne répond pas à la même préoccupation. « C’est fait ! », raconte Chazal, « Aujourd’hui j’ai livré à la destruction par le feu devant un groupe de témoins cent quarante-huit (148) grandes gouaches. L’hécatombe continuera. (…) Je garde secrètes mes raisons. »11 La suite de ce récit montre combien cette fois la colère pourrait expliquer le geste, la colère contre le public qui boude ses expositions et n’achète pas sa peinture, contre « la foule [qui] passe goguenarde, les mains rivées au portefeuille et au portemonnaie. » Quelques jours plus tard, évoquant sobrement l’autodafé passé, Chazal écrit : « Le génie a fait hara-kiri. Les plages du Chaland ont repris des images qui iront peupler d’autres lieux. Rien ne se perd. Ô feu ! toi, le purificateur ! »12

Moïse est donc une pièce rescapée… du feu ! Le manuscrit –Chazal écrivait toutes ses œuvres à la main − a bien été brûlé un soir de 1951. Mais une version dactylographiée de la pièce existait, la pièce ayant dû être tapée en quelques exemplaires pour un enregistrement radiophonique dont la diffusion a eu lieu sur les ondes de Radio Tananarive à Madagascar le 13 décembre 1951. C’est vraisemblablement une de ces copies, qui porte de surcroît quelques corrections et ajouts de sa propre main, que Malcolm de Chazal a remise au bibliothécaire du Centre Culturel Français de Port-Louis au début des années 70.

 

Le théâtre selon Chazal : la dimension sacrée

« La poésie dans son essence » : c’est en ces termes que Malcolm de Chazal exprime l’importance qu’il accorde au théâtre. Dans des réflexions publiées dans la presse et qu’il développe à plusieurs reprises13, comme si le sujet de par son importance nécessitait cette répétition, il a exposé sa conception du théâtre et du rôle édificateur que celui-ci doit nécessairement avoir. Le credo théâtral de Malcolm de Chazal est celui d’un théâtre au sens originel du terme, d’un théâtre à l’ancienne, d’un théâtre comme un rite permettant à la fois défoulement et régénération, d’un théâtre qui serait à l’image de celui de Sophocle et d’Eschyle ou, encore, d’Euripide « qui n’ont jamais été dépassés », affirme-t-il… Le lien fondamental entre théâtre et religion est clair : « le théâtre est un sacerdoce, qui bénit, qui communie, qui pardonne, qui ondoie, qui donne l’onction et qui est toujours prière »14… Se rendre au théâtre est, dès lors, un acte solennel où se mélangent dévotion et expiation : « allant au théâtre, nous devons aller comme à un temple, où s’opèrent des rites d’exorcisme. »15 Le théâtre vu par Chazal ne trouve, par conséquent, pleinement son sens, sa vérité, voire son utilité ou sa vertu que dans une dimension sacrée susceptible d’emmener le spectateur dans des dimensions nouvelles, voire cosmiques : « rire, pleurer, il y a mieux que cela : joindre au-delà de soi-même la symphonie de l’âme du monde. »16 Cette mission est donc salvatrice et/ou rédemptrice pour le moins car, écrit Chazal, « le théâtre doit ‘sauver’ … de la comédie du monde. »17

Peu de dramaturges trouvent grâce à ses yeux et plusieurs – réputés pour être des modèles incontestables et absolus – sont détrônés par lui : Shakespeare est un « endormi », Claudel une source d’ennui prodigieux et auteur d’un théâtre incompréhensible, Corneille et Racine des littéraires faisant du « grandiloquent, [du] faux », Anouilh, Montherlant et Sartre étant surtout promoteurs du « refoulement », de « l’enfouissement, ensevelissement »… De Claudel, il en sera souvent question : « Claudel est le représentant absolu d’une époque, qui n’est qu’artifice. Claudel est de son temps: le brillant factice, le rutilant, le merveilleux, mais quand on y touche, tout s’écroule. Au fond, il n’y a que du vent. (…) Et sa poésie est un cercueil de verre. »18 L’appréciation négative du théâtre contemporain par Chazal part d’un constat : « le théâtre, en scène aujourd’hui, n’a pas d’âme, car l’auteur joue au lieu de vivre. L’auteur ne se donne pas. Il pense au colloque, au bien-dire théâtral, aux lois du Théâtre. (…) Les auteurs de théâtre se moquent de nous. Nous leur demandons du théâtre, ils font de la comédie. »19 Écrire une pièce de théâtre implique la prise de conscience par un auteur du fait que « le théâtre est plus haut que la vie ; il nous porte à un dépassement. Le théâtre est tout : la vie et le reste. »20 S’agissant de son théâtre, et parlant de sa pièce Judas, Malcolm de Chazal affirme : « Je n’ai pas écrit cette pièce théâtrale avec mes facultés normales, mais avec mes facultés supranormales, comme pour tout ce que je fais de profond. »21 Il ajoute : « Je fus poussé vers une table. Je me mis à écrire. » Car l’acte d’écrire – du théâtre, mais par extension une œuvre quelle qu’elle soit – réclame un état différent, particulier, loin de l’ordinaire : « Il faut que l’auteur disparaisse, que disparaissent les acteurs et les décors transportés ‘ailleurs’, les spectateurs eux-mêmes élevés hors d’eux-mêmes, et que tout monte. Seule une entité juge une œuvre : le verbe. Le verbe est au-delà du style. Le verbe ne s’apprend pas. Il est pur jaillissement. »22 Toujours concernant son œuvre théâtrale, Chazal écrit : « Je m’étonne donc qu’on puisse penser, alors que j’ai fait de la métapeinture, que j’aurais pu faire un théâtre dans le genre de Claudel, Anouilh, Montherlant, Sartre, et même Shakespeare et Dante, alors que je suis sur un autre plan qu’eux et, pour me juger, il faut d’autres jauges. »23 Si ces jauges n’existent pas et à défaut d’instruments de mesure, il reste la sensation… « Judas est un signe, » dit Chazal, « qu’on le comprenne ou non, ça m’est indifférent. Il me suffit qu’on le sente. Le théâtre vivant est métaphysique. Qui jamais a ‘compris’ une senteur ? La chose vous prend et c’est tout. »24 Pour être dramaturge, il faut donc, avant tout, savoir être poète, non pas un versificateur mais un poète selon le sens que Chazal donne à ce mot : « le théâtre véritable est la vie projetée dans le cosmique ! Ce théâtre est devant nous. Le poète cherche à le décoder. C’est ainsi que le poète est avant tout homme de théâtre, dont la scène est l’univers. »25

Qui dit théâtre dit aussi acteurs, interprètes. Un des tout premiers propos de Chazal sur le théâtre date de 1949 et c’est par le biais d’une appréciation positive du jeu d’un acteur qu’il aborde le sujet. L’acteur en question est un certain Raoul Gillet venu en tournée avec une troupe française et que Chazal voit jouer dans Jean de la Lune de Marcel Achard le 29 août 1949 : « Enfin voici un véritable artiste, me suis-je dit : il est médium, et en tant que tel, l’élasticité de son jeu est infinie, et on peut broder à l’intérieur tant qu’on voudra. Le spectateur peut ici respirer, vivre tous les entractes de la terre en plein jeu de scène, et s’asseoir pour penser et se parler à soi-même en voyant l’artiste jouer, être à l’aise enfin, être libre, lire tranquillement au sein du brasier ardent des mots. (…) Ma conception de l’art avait enfin trouvé un prototype. Tel est l’artiste véritable, à mon sens : quelqu’un qui nous entraîne vers un divin plateau, et qui nous guide par la main et nous aide à jouer notre propre rôle, à participer à quelque chose qui surplombe la vie courante. »26 La mission de l’acteur est aussi essentielle et participe au sacré autant que l’auteur, voire que le metteur en scène : « les interprètes sont les ‘lecteurs’ du poème de vie, que l’auteur tient de Dieu ». Malcolm de Chazal prend exemple sur l’interprétation réservée à son personnage de Judas dans la mise en scène mauricienne de février-mars 1960 pour insister sur l’importance de l’interprétation : « J’ai voulu Judas magnifiquement interprété, parce que Judas est une essence. Pour que l’acteur interprète Judas, il faut qu’il soit au-delà de lui-même. Et Yves Forget27 l’est quand il joue Judas, il se dédouble. Ceci obtenu, la pièce se réalise. Donc, Judas réclame de l’acteur une prise de contact sur le plan du surnaturel. Et le théâtre, alors, étant au-delà du théâtre, se réalise : un théâtre qui est un Esprit. Et c’est le théâtre métaphysique. »28 Revenant aux normes du théâtre ancien, le seul valable à ses yeux, Chazal rappelle que l’acteur est également un intermédiaire et un puissant porte-voix : « Les anciens le savaient qui, réunis dans l’amphithéâtre, se servaient de la bouche de l’acteur pour parler aux Dieux. »29

 

Chazal est-il un dramaturge ?

Malcolm de Chazal a-t-il vraiment voulu ajouter à sa palette la qualité de dramaturge ? La question mérite d’être posée, surtout en avant-propos à l’édition de ce Moïse sauvé – comme pour prendre la réalité biblique à contre-pied – des flammes. Et s’interroger sur l’existence d’un Chazal dramaturge postule une interrogation similaire quant à l’existence d’autres Chazal possibles : un Chazal romancier, un Chazal nouvelliste, un Chazal poète, un Chazal philosophe, … Dans une chronique parue dans le quotidien Le Mauricien du 18 avril 1959, Malcolm de Chazal écrit : « depuis le 10 mars, j’ai écrit quatre romans. (…) À la différence de mes pièces de théâtre, qui ont toutes des noms d’homme, mes romans sont axés sur la femme, qui reflète des personnalités d’homme. »30 Bien qu’aucun de ces titres n’ait été publié, peut-on avancer que Chazal est, entre autres, un romancier ? Déjà, en 1957, Chazal consacrait quelques lignes à un recueil intitulé Contes de Morne plage,31 « un recueil de 40 contes, dans le style poétique absolu, au-delà du verbe de Petrusmok ». Le 13 mai 1959, il fait état32 d’un « assez fort volume de nouvelles » écrites pour s’ « amuser » et qui sont « des contes occultes œuvrant sur le talisman, le rêve prémonitoire, les rencontres subconscientes, le double, etc. » Certes, il est connu que Chazal écrivait régulièrement de courtes histoires qu’il distribuait généreusement autour de lui à ceux qu’il appréciait33, mais, en termes de publication, seul un recueil intitulé Contes et poèmes de Morne-plage est paru à L’Éther Vague en 1994 et il s’agit en fait non pas des textes de 1957, mais d’un recueil composé par l’éditeur et paru après le décès de Chazal. Mais, une fois de plus, peut-on prétendre pour autant que Chazal est un nouvelliste ? La même interrogation est valable quant à son œuvre poétique (au sens classique du terme) : à cet égard, il y eut le recueil intitulé Apparadoxes publié localement en 1958, Poèmes édité chez Pauvert en 1968. L’édition d’un deuxième recueil34 était même prévue pour 1970 sous le titre Humour rose. Chazal est-il donc – tout à tour – un peintre, un conteur, un dramaturge, un philosophe, … ?

La vérité est peut-être beaucoup plus simple : Malcolm de Chazal est un poète. Essentiellement et uniquement. Être poète pour Chazal n’est pas de « chercher le corset de la rime, le panier à salade des ‘pieds’ du vers et le carcan du nombre de vers comme l’amour à l’horloge. »35 En tant que « mystique de la langue », sa mission est de « retrouver le sens de l’Éden… Pour le poète véritable, c’est l’essentielle réalité. »36 Chazal écrit, peint, dramatise, crée donc en tant que poète. Et son art d’écrire va jusqu’à se confondre quelque part avec l’objet de sa quête : « La poésie n’est pas autre chose pour moi que l’art de décrire l’invisible, avec des images d’ange. (…) Je laisse au lecteur la mise en scène et le soin des décors, selon la féerie de son âme », affirme-t-il dans La vie filtrée37 et de poursuivre : « la poésie, c’est l’art de transmettre la vie dans les mots. Tout est là, rien que là. » Sa conclusion ? « Le poète est un réaliste dans le plus haut sens spirituel du terme. » Le moteur de toute l’œuvre de Chazal est dans cette quête poétique incessante : « nul n’est poète pour moi s’il n’est pas métaphysicien. »38 À ces caractéristiques – poète, mystique de la langue, réaliste, métaphysicien – s’ajoute la dimension humaniste : « je maintiens que seul le poète a la vraie dimension du cœur puisque son cœur est universel et ne souffre aucune limitation, et que son amour est dans la plante et dans le nuage, dans le ruisseau qui coule et dans la montagne qui jaillit – autant qu’avec les hommes, ses semblables. Le poète est chrétien selon l’Esprit du Christ, même s’il ne met pas les pieds dans un temple chrétien. »39 Le lien systématique établi par Chazal entre poésie et religion n’est guère étonnant car, écrit-il, « l’acte poétique serait l’acte de mage, de prophète, et uniquement accompli dans le camp sacré de la vie : en ce cas, rejoindre le sens intérieur de la Révélation et même la dépasser. Être révélateur soi-même est le rôle divin, dévolu au poète. (…) La poésie, ainsi, est d’ordre religieux. »40

Cette définition élargie de la poésie ne peut objectivement se satisfaire des contraintes liées au recours à des genres littéraires classiques plutôt cloisonnés et Chazal se sentira libre d’utiliser la forme qui convient à son message : « Une des missions maîtresses de mon œuvre est de donner à la langue un nouveau souffle de vie en humanisant les mots, en faisant de tous les mots des personnages, en les tirant de l’ornière de l’abstraction, en les ‘lazarisant’ par l’imposition des mains du surnaturel. »41 Et pour satisfaire les impératifs de sa quête et la transmission des réponses qu’il découvre, Chazal évoluera dans son choix de genres, voire de matériaux d’expression. Si au début de sa carrière, plus particulièrement entre 1940 et 1949, le recours à l’aphorisme lui suffit, il devient évident à la lecture du dernier tiers de Sens-Plastique qu’après près de 6.000 aphorismes, la plate-forme d’expression en question est étroite et les digressions de plus en plus élaborées nécessitent d’autres surfaces d’expression. Dans sa propre postface à Sens-Plastique42, Chazal écrit : « la difficulté qui me confronte à l’heure actuelle est que l’amphore de la langue est trop poreuse, le vase des mots pas assez profond, pour retenir et emprisonner l’immensité de la sensation. »43 À ces nouvelles exigences se greffe celui d’« appréhender le Divin, (….) découvrir les grands Principes de Vie (…) par quoi la vie remonte vers Dieu, (…) comment Dieu descend dans les choses, du plus haut pic de vie jusqu’aux derniers gestes de l’atome. »44 À partir de là, Chazal adopte au fur et à mesure les formes d’expression pouvant servir de canal, de médium à l’expression de sa quête et des révélations qui en découlent et les adapte le cas échéant à son écriture : le théâtre entre 1950 et 1954, les nouvelles et le roman à partir de 1955, la peinture à partir de la fin des années 50 jusqu’à la fin des années 70.

Chazal n’est donc ni dramaturge, nouvelliste, romancier, ni peintre … Il n’est que poète ! Chacune des formes d’expression auxquelles Chazal aura recours participera à sa quête du divin et chacune l’aidera à en découvrir une (ou plusieurs) facette(s) et se rapprocher de la réponse. Dans cette optique, son théâtre l’a obligé à exprimer verbalement et à plusieurs voix sa recherche et, également, l’a amené à exprimer ses hypothèses théo-cosmogoniques.

 

Le répertoire de Chazal

À part Moïse dont le texte a été conservé dans les circonstances déjà décrites, la seule autre pièce parmi celles détruites par le feu dont certains détails sont connus est celle sur Napoléon, que Chazal qualifie de « refoulé, qui avait le complexe d’infériorité très profond et le complexe de supériorité titanesque » dans une des trente chroniques qu’il lui consacrera. Dans un article publié en mai 196045, Malcolm de Chazal donne en effet plusieurs informations sur cette pièce : « j’ai créé ce que je considère une pièce imbattable : Napoléon. Le premier acte se passe à l’école de Brienne, où Napoléon macère son avenir, et la pièce prend ici, au départ, un grand élan. Puis, au second acte, c’est tout le coup d’État de Brumaire en deux scènes. La destinée de l’homme ici se fixe. Et c’est Malmaison, l’Empereur aux Tuileries, la lune de miel du pouvoir qu’est Marie-Louise, et je porte le spectateur à l’île d’Elbe, et je ‘donne’ Waterloo, puis c’est l’épilogue et c’est Ste Hélène. » Dans cette pièce qui fait « en tout huit actes », Chazal fait défiler des personnages, hommes et femmes, ayant marqué l’histoire de cette période. La trame générale reste, donc, celle des faits historiques. L’analyse, par contre, sera spécifique car ce sera l’analyse d’un … ‘poète’ au sens chazalien du terme ! « L’histoire, l’homme de théâtre, s’il est poète, la refait à l’aune de sa pensée de poète, respectant la vérité anecdotique » écrit Chazal qui offre dans la foulée une ouverture complémentaire sur sa conception du rôle du poète : « Le poète, en tant que créateur dans l’ordre historique, transmute, transvase, est prophétique. Tel est mon Napoléon, un Napoléon qui se dégage du Napoléon historique et qui faillit, avec son idée maîtresse, refaire l’Europe à la mesure de l’humanisme. »

S’agissant des pièces publiées, elles sont, dans l’ordre, deux pièces d’inspiration biblique (Iésou et Judas), une pièce dramatique se déroulant dans un contexte contemporain (Les Désamorantes) et une autre plus solennelle (Le concile des poètes). Certaines constantes propres à Chazal doivent être soulignées en préalable à la bonne lecture – au sens de ‘compréhension’ – de ces pièces :

– pour chacune d’entre elles, Malcolm de Chazal prend le soin de qualifier le type de théâtre concerné : ainsi, Iésou est qualifié de « théâtre mythique », Judas de « théâtre » tout simplement, Les Désamorantes de « satire drame » et Le Concile des Poètes de « théâtre prophétique ». Moïse est présentée comme une « allégorie »;

– les didascalies contiennent autant de descriptions de décor, d’instructions de mise en scène que de références à l’état d’âme devant transparaître dans le jeu des acteurs : elles sont souvent très littéraires, voire abstraites comme, à titre d’exemple, les indications scéniques suivantes de Iésou : « et les derniers mots s’abîment dans le lointain, comme une cire qui graduellement clôt une ouïe à la mort » et, plus loin, « la foule qui se piétine est comme une vague qui se fouille de flot en flot dans le sillon des âmes »… ou, encore, celle-ci extraite de Judas : « L’atmosphère est calme et agitée, comme dans tout lieu campagnard en fin d’après-midi quand les paysans serrent leurs troupeaux, leurs ustensiles et leur fatigue » …

 

Iésou

Dans l’échelle des valeurs chazaliennes, le mythe occupe le plus haut échelon au point que, dans Petrusmok, roman mythe (1951), Malcolm de Chazal écrit : « Dieu sera le seul mythe valable. »46 Il est par conséquent logique que Iésou, écrite en trois jours du 26 au 28 août 1950, porte le sous-titre de « théâtre mythique » puisqu’il s’agira des derniers mois du fils de Dieu, Jésus-Christ, plus précisément entre son arrivée à Béthanie et son calvaire aboutissant à sa crucifixion, puis sa résurrection. La connaissance érudite des quatre évangiles par Chazal47 est à la base d’un grand nombre de répliques entre les autres personnages – Marie, Marie-Madeleine, Judas, Céphas (autre nom pour Pierre), Lazare, pour ne parler que des principaux – et des affirmations de Iésou. L’acte VI, sous-titré ‘Le Drame’, offre en cinq scènes, relativement muettes et extrêmement visuelles, des instantanés du dernier repas avec les disciples le jeudi soir et la trahison de Judas, du recueillement au Mont des Oliviers et l’arrestation, de l’interrogatoire par Caïphe et la condamnation, du calvaire à la mort sur la croix et, en clôture, de la résurrection. Les indications scéniques de cet acte sont en même temps des instructions de mise en scène et des analyses de la situation avec, entre autres, cette phrase : « Pour que Iésou fût, Judas devait être » qui renvoie en quelque sorte à la pièce que Chazal allait écrire sur la tragédie de Judas. L’édition originale de Iésou figurant sur les rayons de la bibliothèque municipale de Port-Louis contient, sur la page de titre, la pyramide manuscrite suivante écrite par Malcolm de Chazal en date du 22 novembre 1950 et caractérisant les personnages de sa pièce :

personnages de sa pièce

 

 

Notons, par ailleurs, que dans une correspondance datée de décembre 1956, Chazal informe son traducteur américain, Irving Weiss, que Iésou a été traduit en espagnol et interprété sur Radio Buenos-Aires (Argentine). Si Chazal a été peu joué, cette information prouve, toutefois, que son théâtre a trouvé au moins là un écho hors du monde francophone.

 

Judas

Comme déjà signalé, le Judas de Chazal est la seule pièce mise en scène à Maurice (février-mars 1960), puis lue sur une scène parisienne en juin 1981 (voir note 6). C’est aussi la seule à ne pas porter d’autre sous-titre que « théâtre » ! Trois ans après Iésou et rappelant en quelque sorte l’allusion présente dans Iésou quant à la nécessité de l’existence d’un Judas auprès du Christ, Chazal réhabilite le personnage de Judas fustigé selon lui à tort. De même, il donne à Marie-Madeleine, la prostituée, la courtisane, un rôle majeur. Jésus de Nazareth, dont il sera abondamment question, ne paraît jamais : par deux fois, des éléments de mise en scène font présumer sa présence (fin de l’acte III : apparition d’un bras recouvert d’une manche rouge qui fait le geste de bénir et fin de l’acte IV : un vêtement rouge au fond de la scène). « J’ai sans nul doute trouvé Judas en moi, dans le très profond de mon subconscient, comme j’y ai trouvé Marie-Madeleine et le reste »48 écrit Chazal six ans après avoir écrit cette pièce. Que représente donc Judas ? Est-ce le mal incarné ? Le possédé ? L’impie ? Le jaloux ? Dans son texte manuscrit inséré dans le programme diffusé lors de la représentation mauricienne, Chazal écrit : « Judas est le drame intérieur de l’homme face à son destin dont il ne connaît ni la portée ni le sens. »49 En ce sens, il serait le double de tous les hommes et de tous les temps. Judas n’occupant pas une place importante dans les évangiles, cette réhabilitation et cette mise au premier plan par Chazal sont importantes : il semble voir en Judas un personnage éternel et essentiel attaché à l’action, voire l’action politique plutôt qu’au cheminement uniquement spirituel. « Le monde veut le Christ sur le Trône, » s’exclame Judas, « je le veux avec la couronne physique. » Un récitant clôture la pièce en ces termes : « À demain, Saint Judas Iscariote, qui vendit le Christ malgré lui, souffrit la torture et se pendit par désespoir quand il fut lucide. Tout cela est signe qu’il n’eut aucun rôle à ce forfait. Saint Judas Iscariote, mais qui est-il ? Répondez, ô vous tous les hommes. Vous le savez. C’est nous tous. »

 

Les Désamorantes

« Les Désamorantes annoncent la nouvelle époque d’amour, où la poésie sera reine. Cette œuvre soulèvera des éclats de rire aujourd’hui. Demain on s’étonnera éperdument de n’avoir pas su ce qui était si simple, si nu… l’amour, le sens de l’amour que toute la nature présente et dont nous sommes aveugles. »50 Malcolm de Chazal résume ainsi cette pièce, « satire drame » mettant en scène principalement deux couples, l’un marié et l’autre pas. Dans un avertissement intitulé « aux lecteurs » (sic), Chazal prévient51 : « Le texte qu’on va lire ne vise à rien moins que refaire le sens de l’amour à la lumière de l’évangélique état que le poète incarne. Ici amour s’identifie à poésie. » Le couple non marié est composé d’un auteur à succès – Louis Lambert – ayant écrit Les Désamorantes et de sa maîtresse ou compagne, une femme présentée comme jalouse avec une conception de l’amour restrictive quant à la liberté de son amant. Louis Lambert, quant à lui, veut sauver l’amour en général en redonnant aux hommes le rôle et le rang de poètes qu’ils ont perdus. « Les Désamorantes, c’est le cas de la femme qui a perdu l’amour … / … parce que l’homme a perdu le sens de poésie » : tel est le dialogue échangé entre deux personnages et qui définit la quête de la pièce. Louis Lambert poursuivra sa mission de « refaire l’humanité en poète », mais, après la sortie de son deuxième ouvrage, Les Amorantes, sa maîtresse/compagne le tue avant de se donner la mort : « Ainsi finissent tous les idéalistes » sera la conclusion d’un des personnages. « Homicide d’amour » dira un autre. Louis Lambert pourrait bien être une représentation de Malcolm de Chazal lui-même, poète également désireux de sauver l’humanité, mais dont les efforts sont ‘assassinés’ par la société mauricienne qui le considère comme un être grotesque. « Et je répète : il faut aimer au-delà d’aimer, vivre au-delà de vivre, penser au-delà de penser, il faut … » affirme Chazal – comme le ferait son personnage Louis Lambert – dans une de ses chroniques.

 

Le Concile des Poètes

L’intérêt de ce ‘théâtre prophétique’ est multiple : il se passe en l’an 2000 (ce qui lors de l’année d’écriture de la pièce – 1954 –représentait un avenir lointain !), dans une « immense cité au Thibet » et on y discute de « l’avenir de l’humanité » sous la présidence « d’un Asiatique. » Ceux participant au concile, « les plus grands cerveaux de l’univers », représentent un nouveau continent – Malandon – issu d’un cataclysme universel qui s’est produit en 1992, un monde neuf d’où le communisme a disparu en faveur d’une Union des Peuples de l’Univers et où a jailli « la vraie magie (…) l’amour, non dans le sens des sentiments que l’homme s’était arrogés à lui seul, mais dans le sens cosmique universel. » Interviendra dans cette docte assemblée un prophète qui, avec solennité et « une musique appropriée, en demi-teinte » à chaque prise de parole, affirme que « la poésie est le Ciel », que « le Cosmos est amour, reflet de Dieu » et que « commence le règne de l’esprit. » Cette pièce, courte et ne comprenant qu’un acte, se termine sur une vision idyllique présentée comme suit : « Et par un effet magique de danse, c’est toute la voûte céleste qui danse, et autour des soleils, ça et là, incarnés par des hommes, des planètes choryphantes dansent en danseuses d’argent. »

 

Moïse

Le nom de Moïse revient très souvent dans les écrits de Malcolm de Chazal et il n’est guère étonnant que Chazal ait souhaité lui consacrer une pièce. Singulièrement, quasiment aucun grand dramaturge ne s’est intéressé à ce grand prophète qui fut le premier à ramener, gravée par Dieu dans la pierre de la montagne, une législation destinée au peuple élu, et ce d’autant plus que Moïse avait été un guide désigné par Dieu et qu’il avait libéré ce peuple de l’esclavage en Égypte pour atteindre la terre promise. La pièce de Chazal est difficile à dater précisément tout comme les autres pièces que Chazal déclare avoir jetées au feu. Mais Chazal n’ayant recours à l’expression théâtrale que sur une courte période allant de 1950 (édition de Iésou) à 1954 (édition des dernières pièces recensées), d’une part, et la lecture sur les ondes de Radio Tananarive du dernier acte de Moïse ayant eu lieu le 13 décembre 1951, d’autre part, on peut conclure que Moïse a été écrit fin 1950 – début 1951.

C’est à partir du 28 juillet 1950, justement, que Chazal se réfère abondamment à Moïse, personnage biblique d’exception, dans la partie IX de Petrusmok : Chazal le rencontre dans une vision et voit Dieu inviter Moïse à ouvrir la pierre pour y prendre le Secret de la Roche qui deviendra les Tables de la Loi avant que Chazal ne devienne lui-même Moïse. Le personnage de Moïse est également présent dans ses chroniques de presse52 : « Le prophète mâle est la pythie et l’oracle en un, le visionnaire est celui qui lit l’allégoriste et l’allégorisant. Ainsi fut Moïse, le plus grand prophète de l’Ancienne Loi. C’était un poète actif. Sa médiumnité était immédiate. L’homme recevait le verbe et il était verbe. Sa parole est comme le ronflement des cimes. » La pièce qui comprend cinq actes est présentée comme une ‘allégorie’ et cela, dans l’acception chazalienne du terme, signifie que l’ensemble du récit – images, situations, discours – est proche du mythe tel que déjà défini plus haut, qu’il n’est qu’une représentation et qu’il faut en chercher la (ou les) clef(s) d’interprétation.

La structure de la pièce est, en effet, à la fois originale et complexe. L’auteur nous invite à revivre le passage du Christ sur terre de sa naissance à sa résurrection selon une technique surprenante à plus d’un titre : les épisodes essentiels de la vie du Christ sont relatés par Moïse et un groupe de gens l’entourant ! En effet, Moïse est l’administrateur désigné par Dieu d’un lieu appelé ‘Terremonde’ situé « dans une zone infinie, Voie Lactée en forme de crâne, correspondant spécifiquement à la tête dans le Grand Homme (car le Cosmos constitue un Homme, en forme et représentation). » Ce lieu est en fait un lieu de transit « où les morts terrestres attendent pour un temps, avant d’être élevés en Paradis ou d’être jetés en Enfer. » Sur les murs, des bandes lumineuses affichent pour Moïse les nouvelles de ce qui se passe dans Terremonde. C’est là qu’en compagnie de sages égyptiens et hébreux ainsi que de représentants de toutes les races et de toutes les origines géographiques, Moïse est informé – au premier acte – par un ange de la venue de Jésus sur terre en gage d’une nouvelle alliance entre le Ciel et la Terre.

La pièce suit ensuite l’évolution de Jésus-Christ sur terre et fait revivre en même temps les fondamentaux de la foi chrétienne. Le temps d’avant la Chute, celui du ‘mode poétique vivant’ cher à Chazal et qui renvoie directement aux principes swedenborgiens, est évoqué à l’acte II entre Moïse et des initiés grecs, hindous, égyptiens, … L’acte III nous ramène sur terre au moment où Jésus a trente ans et où il commence son action qui le mène à la crucifixion. Les épisodes des actes IV et V présentant la personnalité de Jésus, puis sa mort sont racontés et commentés comme un reportage tragique par une femme, elle-même prophète. À l’issue de la pièce, la nouvelle alliance incarnée ayant remplacé celle initiée par Moïse en son temps, celui-ci peut enfin quitter Terremonde et gagner la place qui lui avait toujours été réservée au paradis à côté de Pythagore, Hermès, Rama, Krishna, Bouddha, Platon,…

Par rapport aux autres pièces de Chazal traitant en quelque sorte du même sujet – la vie et, surtout, la mort du Christ – Moïse va plus loin dans l’interprétation de la nouvelle alliance symbolique qui se noue sous nos yeux entre l’humanité et le Ciel, comme si de nouvelles tables de la loi étaient sur le point d’être transmises par Dieu, mais qui, au lieu d’être gravés dans la pierre comme ce fut le cas pour Moïse, sont cette fois symboliquement gravées dans la chair du Christ. La présence même de Chazal à la fois dans le personnage et les discours théosophiques de Moïse est beaucoup plus perceptible que dans Judas, par exemple, notamment dans le développement fortement marqué sur le temps des correspondances, la connaissance au temps de l’Éden, le panthéisme essentiel, la symbolique des nombres, le ternaire et l’unisme. Quelques affirmations de Moïse, proches des convictions panthéistes swedenborgiennes méritent d’être rappelées ici : « Le Divin était alors dans la nature, à la vue de l’homme, le Divin était incarné dans les symboles. » – « Je vis l’Unité du Monde par les fleurs, par les fruits, par tout ce qui vit et respire. » – « C’était là le Grand Secret, l’Arcane que la plus ancienne Pyramide n’a pas révélé. » – « Le fil d’Ariane est partout, toute la vie. » – « Passe de symbole en symbole, de proche en proche par le pont des correspondances qu’est le Principe Homme dans tout, (…) et tu seras bientôt dans l’éther de Dieu, et tu toucheras sa personne. »

 

Une invitation, pour conclure…

Lire Chazal commande une lecture à haute voix. Son théâtre, lui, exige en plus cette participation des sens, cette expression vocale déclamatoire sans laquelle le théâtre est amputé de ses dimensions les plus sensibles.

Car si l’acteur doit selon Chazal jouer « au-delà de lui-même », le lecteur du « mode poétique vivant » chazalien se doit d’être un lecteur lisant « au-delà de lui-même ».

Chazal invite.

Répondons à son invitation.

Entrons à la découverte de son Moïse, cette pièce sauvée du feu.

 

 

Notes :

  1. Discours du poète-président sénégalais Léopold Sedar Senghor au vernissage d’une exposition de peinture de Malcolm de Chazal au Musée Dynamique de Dakar le 22 novembre 1973, reproduit dans C. de Rauville, Chazal des antipodes. Approche et anthologie, Dakar, Nouvelles Éditions Africaines, 1974, pp. 111 à 118.
  2. Comment devenir un génie ? est le recueil complet sur cd-rom des articles de presse. Sous le même titre, une version papier rassemblant 200 de ces articles a été éditée. Livre édité simultanément par Vizavi (Port-Louis) et Philippe Rey (Paris), 2006. Cd-rom édité par Vizavi (Port-Louis).
  3. Port-Louis, Imprimerie Almadinah, 1950. Dernière édition : Malcolm de Chazal Trust Fund, Port-Louis, 2006. Port-Louis, Esclapon Ltd, 1953.
  4. Republié dans le numéro spécial de la revue Italiques (décembre 2002) sur Malcolm de Chazal. Dernière édition : Port-Louis, Malcolm de Chazal Trust Fund, 2006.
  5. Ces deux pièces figurent en un volume unique publié chez The Mauritius Printing Cy Ltd, 1954.
  6. Judas a été interprété au Théâtre du Plaza (Rose-Hill, Maurice) les 25 février et 27 mars 1960. Une lecture à Paris a eu lieu au Théâtre de l’Atelier Charles Dullin le 15 juin 1981 par une troupe de Mauriciens incluant le signataire de ces notes dans le rôle de Jean.
  7. Port-Louis, Imprimerie Almadinah, 1951.
  8. Malcolm de Chazal, Sens Unique, op. cit., p. 12.
  9. Malcolm de Chazal, « Parlons théâtre », Le Mauricien, 5 mai 1960.
  10. Malcolm de Chazal, Sens Unique, op. cit., p. 12.
  11. Malcolm de Chazal, « Je brûle mes toiles au Chaland… », Le Mauricien, 27 avril 1962.
  12. Malcolm de Chazal, « Chronique du Chaland », Le Mauricien, 5 mai 1962.
  13. Voir notamment les articles suivants publiés dans des quotidiens mauriciens : « Raoul Guillet – l’homme et l’artiste », Le Mauricien – Le Cernéen, 31 août 1949 ; « Contre Claudel », Le Mauricien, 17 septembre 1955 ; « D’Adam à Bikini ou le théâtre éternel », Advance, 27 septembre 1955 ; « Judas et mon Judas », Le Mauricien, 12 novembre 1959 ; « Yves Forget », Le Mauricien, 5 décembre 1959 ; « Comment j’ai écrit mes théâtres…», Le Mauricien, 23 février 1960 ; « Parlons théâtre », Le Mauricien, 5 mai 1960 ; « Le Théâtre et la vie », Advance, 28 février 1972.
  14. Malcolm de Chazal, « D’Adam à Bikini ou le théâtre éternel », Advance, 27 septembre 1955.
  15. Ibid.
  16. Ibid.
  17. Ibid.
  18. Malcolm de Chazal, « Contre Claudel », Le Mauricien, 17 septembre 1955.
  19. Malcolm de Chazal, « D’Adam à Bikini ou le théâtre éternel », Advance, 27 septembre 1955.
  20. Malcolm de Chazal, « Yves Forget », Le Mauricien, 5 décembre 1959.
  21. Malcolm de Chazal, « Judas et mon Judas », Le Mauricien, 12 novembre 1959.
  22. Malcolm de Chazal, « Comment j’ai écrit mes théâtres…», Le Mauricien, 23 février 1960.
  23. Malcolm de Chazal, « Lettre à Jean-Georges Prosper », Le Mauricien, 19 mars 1960.
  24. Malcolm de Chazal, « Comment j’ai écrit mes théâtres…», Le Mauricien, 23 février 1960.
  25. Malcolm de Chazal, « Le théâtre et la vie », Advance, 23 février 1960.
  26. Malcolm de Chazal « Raoul Guillet – l’homme et l’artiste », Le MauricienLe Cernéen, 31 août 1949.
  27. Metteur en scène et interprète de la pièce. D’origine mauricienne, Yves Forget avait précédemment développé une carrière théâtrale en France et avait, entre autres, été un des acteurs créant Antigone d’Anouilh à Paris.
  28. Malcolm de Chazal, « Lettre à Jean-Georges Prosper », Le Mauricien, 19 mars 1960.
  29. Malcolm de Chazal, « D’Adam à Bikini ou le théâtre éternel », Advance, 27 septembre 1955.
  30. Malcolm de Chazal, « J’écris des romans … », Le Mauricien, 18 avril 1959.
  31. Malcolm de Chazal, « Lettre à André Masson », Advance, 7 décembre 1957. Il conviendrait de ne pas confondre les Contes de Morne plage annoncés par Chazal avec l’ouvrage d’éditeur Contes et légendes de Morne plage publié en 1994 par L’Éther Vague (Toulouse) et dont la composition est plus que douteuse et qui est manifestement un faux Chazal hétéroclite.
  32. « Les trésors », Le Mauricien, 13 mai 1959. Les nouvelles concernées sont intitulées : Cuisine, La pomme, Le double, La poupée, La maison, Double piste, Le défroqué, L’horloge, L’idiot, Le corsaire, Le camée, …
  33. Une collecte aux fins d’édition de ces textes aboutirait à un volume assez conséquent compte tenu du nombre de contes et nouvelles inédits en circulation. Ces dernières années, un seul de ces textes (L’île du Dodo en l’an 2000) a été publié grâce à la générosité de l’écrivain-artiste Jeanne Gerval ARouff à qui Chazal l’avait donné, dans l’ouvrage collectif Malcolm de Chazal en perspectives, Rose-Hill (Maurice), AMDEF, 2002.
  34. Malcolm de Chazal, « La poésie et la femme », Advance, 14 août 1970. Ce recueil devait être édité à Paris chez les Frères Breton avec une préface du journaliste et poète mauricien Pierre Renaud.
  35. Malcolm de Chazal, La vie filtrée, Paris, Gallimard, 1949. Réédité en 2003.
  36. Malcolm de Chazal, Sens Unique, Port-Louis, Éditions Le Chien de Plomb, 1974, p. 26.
  37. Malcolm de Chazal, La vie filtrée, op. cit.
  38. Malcolm de Chazal, « Lettre à Jean-Georges Prosper », Le Mauricien, 19 mars 1960.
  39. Malcolm de Chazal, « De Jésus à Gandhi », Advance, 4 octobre 1962.
  40. Malcolm de Chazal, Le Livre de Conscience, Port-Louis, Almadinah Printing Press, 1952, p. 382-383. Réédité chez Arma Artis (France), 1983.
  41. Malcolm de Chazal, La vie filtrée, Paris, Gallimard, 1949, p. 213.
  42. Malcolm de Chazal, Sens-Plastique, Paris, Gallimard, 1948.
  43. Ibid, p. 316.
  44. Malcolm de Chazal, La vie filtrée, Paris, Gallimard, 1949, p. 21.
  45. Ibid.
  46. Malcolm de Chazal, Mythe., Port-Louis, Standard Printing Establishment, 1951, p. 206.
  47. Voir à ce sujet l’étude de Christophe Chabbert, Malcolm de Chazal, l’homme des Genèses, Paris, L’Harmattan, 2001 et les notes détaillées de Marc Serge Rivière dans l’édition 2006 de Iésou et Judas, op. cit.
  48. Malcolm de Chazal, « Judas et mon Judas », Le Mauricien, 12 novembre 1959.
  49. Reproduit par Marc Serge Rivière dans l’édition 2006 de Iésou et Judas, op. cit., p. 139.
  50. Malcolm de Chazal « La politique des femmes » Advance, 19 janvier 1955.
  51. Malcolm de Chazal, Les Désamorantes suivi de Le Concile des poètes, PortLouis, The Mauritius Printing Cy. Ltd., 1954.
  52. Malcolm de Chazal, « Les Prophètes », Advance, 4 juillet 1952.

 

 

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