Fish paintings of Jean Baissac

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Project Description

 


Jean de Boucherville Baissac (1904 – 1993)

 

Préparé par

Pierre de B. Baissac

Octobre 2016

 

 

Jean de Boucherville Baissac est né à Mangalkhan (devenu Floréal) le 13 février 1904. Il fit ses classes au Collège Royal à Curepipe jusqu’au « Senior Cambridge », après quoi sa mère l’emmena en France avec ses sœur et frère Lise et Claude pour y parfaire leur éducation.  A Paris il entra au Lycée Henri iv où son grand-oncle Charles Basile entra en 1843 et fit ses classes.  Son baccalauréat obtenu, Jean Baissac s’employa pendant trois ans au contentieux à la Barclays Bank à Paris. 

 

En 1926, il retourna à Maurice et, en intermède travailla un an dans les mines de Madagascar.  Reçu en 1931 en première classe de la finale des examens du département de technologie de l’institut de City and Guilds de Londres, en « Sugar Manufacture », il se fit admettre comme « Agricultural Chemist » au département de l’agriculture le 16 mars 1932.  Il épousa Alix de Chazal, à Phœnix, le 15 février 1932 et alla à la demande de Pierre de Sornay diriger, pour le compte des compagnies sucrières de Nossi-Bé à Madagascar, une station de génétique qu’il mit sur pied dans le but de créer une variété de canne à sucre à maturation rapide adaptée à la courte saison froide.  Il resta quatre ans à Madagascar. 

 

Rentré à Maurice en 1936, il s’employa dans l’industrie sucrière, commençant comme chimiste à Antoinette, puis, en 1939, à Beau-Séjour, propriété de l’Anglo-Ceylon.  Il y produisit un sucre blanc plusieurs fois primé, et fit paraître alors – avec un avant-propos de Pierre de Sornay – Le sol : Sol et Agriculture de l’Ile Maurice (Standard Printing, 1940).

 

Au moment où, la France ayant capitulé, l’Angleterre et son Empire se trouvaient seuls contre l’Allemagne nazie, Jean Baissac quitta sa famille et sa carrière pour s’engager dans la Mauritius Pioneer Corps, immatriculé 178493 avec une « Emergency Commission » de sous-lieutenant le 2 décembre 1940.  Il arriva en Egypte avec le premier gros contingent du tout début de 1941. 

 

Le premier problème à résoudre fut celle d’une alimentation défectueuse : le pionnier mauricien, mal nourri, peinait à faire face aux rigueurs du climat tout en travaillant dur pour s’entraîner aux conditions de la vie militaire dans le désert.  « Nous avons obtenu pour nos hommes la ration du soldat britannique, et le résultat » dira Jean Baissac, devint « visible dans leur force et leur résistance. » 

 

Deuxième problème, empêcher la prolifération des mouches par « une rigoureuse hygiène du camp. »  Comme l’aviation ennemie, très nombreuse, constituait une menace permanente, il fallait « habiter dans des trous.  Les hommes creusaient des tranchées de trois pieds de profondeur environ, de la longueur de leur tente… leur home passager » qu’il fallait renouveler à chaque déplacement, raconte Jean Baissac dans une série d’entretiens à la radio. 

 

Dans ce contexte l’appui du pionnier mauricien se trouva vite très recherché par les Royal Engineers et la RAF.  Il fut envoyé avec sa compagnie en Afrique du nord où il fut intégré à la viiieme armée et prit le commandement d’un gros dépôt de rations. Pendant des mois de travail ardu, son dépôt subit environs 87 nuits de bombardements aériens, avec de nombreuses bombes dans leur camp. Promu lieutenant, puis capitaine le 23 mars 1942, il va encore témoigner de la conduite exemplaire de ses hommes à Tobrouk où une attaque victorieuse avait conduit l’armée britannique à la fin de 1941 : « Beaucoup d’unités mauriciennes allèrent travailler au port de Tobrouk, et j’en connais une qui resta au déchargement des navires, alors les ‘target No1’ des avions ennemis, pendant onze semaines, sans relève.  Je les ai vus se comporter stoïquement et établir des records jours après jours sur des navires de carburant ou de munitions, tandis que sur nos têtes se poursuivait la bataille aérienne quotidienne, et que les bombes sifflaient en descendant. »  La plupart des pionniers mauriciens se trouvaient à Tobrouk lorsque vint la retraite de 1942 : « Une de nos meilleures compagnies resta pour le siège, et nous la perdîmes avec la chute de cette place forte. » 

 

Il participa à la campagne d’Alamein suivi de l’avance prestigieuse jusqu’à Tripoli et ensuite Tunis qui furent aussi des mois de labeur acharné…  « Nos pionniers étaient toujours en plus grande demande dans les coups durs que les autres. » 

 

Après un nouveau temps de préparation pendant qu’Américains et Anglais prennent la Sicile, son unité prend part au débarquement de Salerne en Italie sous la protection des tirs de la marine dont le HMS Mauritius

 

Le 4ème jour, les Allemands contre-attaquent avec leur tanks et cherchent à faire une percée jusqu’à la plage.  Jean Baissac racconte : « L’ordre arrive de ne décharger que les obus, ce que nos hommes font sans arrêt, toute cette nuit.  Ces obus vont, grâce aux amphibies, droit aux pièces qui tirent sans relâche, et au matin l’ennemi a essuyé de telles pertes qu’il se retire, son effort brisé.  Le général envoie ses remerciements pour le travail fait par les pionniers, sans lequel l’ennemi eût passé…  Pendant les quatre semaines du beach-head nos hommes ont manipulé toutes les marchandises à bord, de la cale aux amphibies et chalands… je n’ai pas vu un seul homme flancher pendant ces semaines. » 

 

Bientôt la 8ème armée avance et les pionniers suivent.  Leur rôle va maintenant consister en portage au front.  L’armée occupe des hauteurs que les pionniers escaladent la nuit et redescendent avec les blessés.  « Il fallait tout porter d’en bas – munitions, nourriture, eau…  Les hommes faisaient une et quelquefois deux ascensions par jour, ce qui représentait huit heures de marche en montée et en descente… certaines équipes fournies par nous pour descendre les blessés avaient une tâche bien difficile, car descendre la nuit une civière par un sentier de montagne, en essayant de donner au blessé le moins d’inconfort possible, demande un effort considérable, et beaucoup d’abnégation. »  Le 24 novembre 1943, le capitaine Baissac devint major et prit charge de la 2034 (Mauritius) Company. 

 

A partir du 6 décembre 1943, la British X Corps où servait Jean Baissac, se trouva attachée à la 5ème armée américaine.  Le 24 février 1944, le commandement de l’Army Pioneer Corps reçut du commandant de la 13 Infantry Brigade la missive suivante: « I would like you to know what excellent work was done by the Mauritius porters attached to this brigade while it was holding the Damiano hill.  The work was hard and at times dangerous.  There were many supplies, etc., to be carried to the forward battalions up very steep, rocky paths, parts of which were accurately registered by the enemy artillery and were frequently subjected to harassing fire.  In spite of the hard nature of the work your men, both the porters and the stretcher bearers who manned the aid posts along the track, were always willing, cheerful and hardworking.  Their constant energy and smiling welcome as they panted up the hillside was a most encouraging sight.  They were of immense value in maintaining the fighting troops on the hill and we all admired their spirit and appreciated their help.”  La colline Damiano était un des haut-points stratégiques dans la grande bataille pour prendre la fameuse Monte Casino.

 

 

Après six mois d’opérations continues, les pionniers allaient être relevés.  En mars 1944, le major Jean de Boucherville Baissac 2034 [Mauritius] Company, Pioneer Corps, reçut entre autres lettres, celle du général R. L. Mc Creery, Commanding 10th Corps, « message spécial » en vue de l’imminence de leur départ.  Après des éloges dactylographiés, comparables à ceux déjà reçus le 24 février, le général commandant ajoutait de sa main un mot personnel : “Your company has a long 

and distinguished record of service with 10 Corps, including much work under shell fire in the forward areas.  I congratulate All Ranks on their gallantry and fine spirit.” 

 

Vers la fin 1944 Jean de B. Baissac eut « l’honneur de ramener au pays sur la dernière étape de leur voyage » des anciens combattants, particulièrement ceux de Tobrouk. A son retour il prit la parole sur les ondes de la Mauritius Broadcasting Service pour présenter les Soldats Mauriciens outre-mer, passages cités plus haut.  Il se retira du service militaire le 1er mai 1945, conservant son grade de major à titre honorifique.  Il avait reçu les décorations suivantes : 1939/45 Star ; Africa Star with Eighth Army Clasp ; Italy Star ; Defence and War Medals. 

 

Le gouverneur Mackenzie-Kennedy le mit en charge de la réinsertion dans la vie civile de quelque 10 000 Anciens Combattants rentran de la guerre.  Jean Baissac présida jusqu’au début de 1985 l’«Ex-Servicemen Welfare Fund », la Ex Service Association, et le « Her Majesty’s Forces Fund Unit » dite « la loterie verte », années pendant lesquelles il ne ménagea aucun effort pour venir en aide aux anciens combattants.

 

En 1947 le gouvernement créa le département des pêcheries, nommant Jean Baissac pour en prendre la direction, position qu’il conserva jusqu’en 1964 quand il prit sa retraite. Ainsi s’ouvrit le troisième chapitre de sa carrière, années d’administration et d’études scientifiques. 

 

Au cours de sa carrière de Directeur du Service des Pêcheries, Jean de Boucherville Baissac porta un intérêt tout particulier à la connaissance, la protection et l’exploitation durable de la faune ichtyologique de Maurice et de Rodrigues, intérêt auquel il  dévoua un énorme travail.

 

Jean de B. Baissac créa d’abord une collection de près de 300 spécimens de poissons et de presqu’autant d’espèces différentes,  qu’il conserva dans des bocaux de formol. Cette collection fut la base de ses travaux de référence et d’identification. En 1971, il en fit don à la J.L.B. Smith Institute of Ichthyology de l’Université de Rhodes à Grahamstown en Afrique du Sud, aux bon soins du professeur Margaret Smith avec qui il était en relation pour la systématique des poissons. En mars 1971, Margaret Smith, faisant référence, au sein de cette collection, à un spécimen en particulier N° 742A Polysteganus sp., lui écrivit  « This specimen is very fascinating. I realise that you too have battled with (the identification) of N°742A. ». Plus tard, en hommage aux travaux de Jean de B. Baissac, la professeure Margaret Smith nommera la gueule pavée dorée (N° 742A) Polysteganus baissacii.

 

Il dressa ensuite des listes systématiques raisonnées et annotées des poissons de Maurice et de Rodrigues, qu’il publia dans la série « Contributions à l’Etude des Poissons de l’Ile Maurice »,  dont les deux premiers numéros parurent en 1949 au sein des Transactions of the Royal Society of Arts and Sciences of Mauritius (Série C N° 15) et les numéros subséquents dans les Proceedings de la RSAS, le premier en 1951 (Vol 1 Part 2) et le dernier en 1976 (Vol 3 Part 2), 10 articles en tout. Sa dernière publication fut la « Checklist of the Marine Fishes of Mauritius » par la FAO, en 1990. (RAF/87/008).

 

Concernant l’exploitation durable des ressources marines il écrivit deux articles, le premier ‘Le Problème de la Pêche’ (La Revue Agricole 1949 Vol XXVIII N° 6) et le deuxième ‘L’Exploitation Marine’ (Proceedings of the RSAS Vol I Part4) qui parut aux côtés d’un article d’Ommanney (cité plus bas) ‘Age Investigation in Mauritian Fishes’.

 

En scientifique et écologiste avisé il était conscient de la précarité des stocks de poisson du lagon et des eaux peu profonds en dehors du brisant. Il œuvra tout le long de sa carrière en sein du service des pêcheries à la protection et à la pêche réglementée de cette ressource. Il prit des mesures et des dispositions à cet effet dont certaines ne plurent pas aux autorités. Il fit un contrôle inlassable contre la fraude et la pêche illégale.

 

Toutefois, il le faisait tout en se préoccupant du sort et du bienêtre des pêcheurs, dont nombreux étaient des anciens combattants. Il savait, quand il le pouvait, permettre des pêches abondantes sans mettre en péril le stock résident du lagon. Une année, par exemple, il y eu à la Grande Rivière Sud Est une grande montée de bichiques suivi d’un large banc migrateur de grosses carangues océaniques. Il permit donc à plusieurs pêcheries de seine de se réunir pour faire une grande journée de pêche dans l’embouchure de la rivière. Ce jour-là plus de 5 tonnes de grosses carangues, dont certaines pesaient plus de 30kg, furent pêchées à la grande joie des pêcheurs. 

 

Il consacra aussi beaucoup de temps durant les années 1950 – 1960 à l’illustration fidèle de ces poissons par un travail pictural et descriptif à l’aquarelle de nombreuses espèce de poisson du lagon … près de 250 œuvres qui sont un modèle du genre … Ces aquarelles ont notamment l’intérêt de reproduire fidèlement les caractéristiques d’identification, dont les épines, les écailles (pas visibles dans les photos) et les couleurs en vif (qui changent après la mort chez de nombreuses espèces).

 

Son travail le mena à travailler en étroite collaboration avec de nombreux spécialistes de la taxonomie des poissons de renommée mondiale et des biologistes marins dont J.F.G. Wheeler, Dr. F.J. Ommanney, Professeur Margaret Smith de la J.L.B. Smith Institute of Ichthyology, et Dr. John E. (Jack) Randall du Bishop Museum d’Honolulu, Hawaii. Il garda des relations avec celui-ci jusqu’à peu de temps avant sa mort en 1993. Dans la dernière lettre de Jack à Jean de Boucherville Baissac, datée de 1991, sur une question complexe de taxonomie de poisson, Jack termine la lettre en lui disant « Hope you can help on this. »

 

Ommanney, dans son livre très connu « The Shoals of Capricorn » consacra plusieurs pages à Jean de Boucherville Baissac, disant entre autres citations « He was a man of many enthusiasms and interests . . . . . As head of the corps of fishery guards, Baissac was popular with the fishermen. He had known them all his life and understood them. He spoke their language and could jolly them along in a way they liked with a pat on the shoulder or a playful punch in the stomach . . . . He was interested in their welfare and strove hard to make their lot easier.

 

Il entretint ainsi des liens d’amitié avec de nombreuses personnalités scientifiques à travers le monde, dont le Dr R.L. (Bob) Fisher, océanographe et géologue marin de la Scripps Institute of Oceanography, San Diego, Californie. En remerciement et en reconnaissance du travail accompli par Jean de Baissac ainsi qu’au soutien scientifique, logistique et administratif qu’il accorda à de nombreuses expéditions scientifiques américaines dans la région pendant les années 1960-1970, le nom de son épouse fut donné à une montagne sous-marine Alix Seamount, et un banc au sud de St Brandon, le Banc Baissac (Baissac Shoal) porte son propre nom.

 

Au début des années 1980, soucieux de préserver l’intégrité et  la conservation future de sa collection, Jean de Boucherville Baissac décida de la placer en dépôt au JLB Smith Institute. De retour en Afrique du Sud où son fils Pierre habitait alors, après un séjour à Maurice, ce dernier transporta alors cette collection à Grahamstown. Plus tard, en 1993 lors d’un séjour à Durban, Jean et son fils Pierre de B. Baissac, prirent la décision de rapatrier l’ensemble de la collection à Maurice.

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