By Robert Furlong — L’ile fée

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Project Description

Couv Amdef 2002 br

 

DE L’ILE-FEE À MALCOLMLAND 

 

 

« Que ce message vienne de l’île Maurice, ce point dans l’Océan, c’est cela qui est extraordinaire » M. de Chazal (Le Mauricien, 18 mai 1970)

 

 

Malcolm de Chazal doit à proprement parler jubiler là où il est aujourd’hui en observant l’effervescence dont son œuvre est à la fois cause et objet au moment du centenaire de sa naissance. De façon inversement proportionnelle, ceux qui le raillaient en le traitant de fou et/ou d’illuminé doivent se morfondre en essayant de comprendre leur erreur. Malcolm n’a pas seulement été l’enfant terrible des lettres mauriciennes, le pourfendeur des nantis, l’habitué des autobus poussiéreux des campagnes : il avait, en plus, raison ! Les études qui lui sont consacrées portent à croire que nous sommes à la veille d’une ère chazalienne nouvelle au cours de laquelle seront révélées et explicitées des thématiques diverses et profondes encore enfouies dans ses textes. Il en est ainsi du concept de féerie dont il conviendrait par des études stylistiques poussées de dater l’entrée et d’en étudier l’évolution dans la production chazalienne

[1] : on découvrira sans doute qu’il s’agit là d’un élément essentiel de son projet. Je ne citerai, ici, que l’unique et singulière référence à la féerie présente dans l’ultime page de Petrusmok, dans cette sorte de curieux épilogue par lequel Chazal évoque les trois auteurs de ce livre « Dieu, la Montagne et l’éditeur » à qui le lecteur doit adresser des réclamations « pour toute incorrection, tout manque, toute imperfection, toute incongruité, toute invraisemblance » et où il parle de lui comme un « quatrième personnage » qui « n’est qu’un simple spectateur d’une Féerie qui le dépasse.»[2]

 

Les dictionnaires analogiques sont tous d’accord sur une chose : la féerie est le contraire de la banalité … Mais du spectre analogique particulièrement pauvre qu’ils présentent, seuls les termes renvoyant au domaine du fantastique ou du merveilleux  pourraient être partiellement  satisfaisants. Dans l’attente des éclairages nouveaux que les spécialistes proposeront bientôt, je propose de suivre, par une promenade mythique jalonnée par quelques interventions de Malcolm de Chazal dans la presse mauricienne entre 1970 et 1974, le cheminement chazalien partant du concept de l’île-fée et aboutissant à la création proposée d’un Malcolmland.

 

De la féerie avant toute chose…

Au mois de juin 1970, Malcolm de Chazal organise une exposition de peinture à la Galerie d’Art de Rose-Hill. Il annonce dans le quotidien Le Mauricien  du 29 avril 1970 que cette exposition constitue « une révolution artistique intégrale » par laquelle il « fait parler des objets, des coqs qui sont des personnages, des oiseaux-fée, des poissons-humains.»[3] Trois mois plus tard, dans Le Mauricien du 28 juillet 1970, il détaille son approche et en révèle les fondements en prenant l’exemple d’un des ses tableaux représentant un fauteuil. Y figure également, selon lui et grâce à un « écart coloré », « l’esprit du fauteuil – non pas un esprit-sans-forme mais un esprit-qui-a-une-forme. Une forme de quatrième dimension. C’est le fauteuil-fée, l’archétype du fauteuil, son essence. »[4]  Quelques lignes plus loin, Chazal confirme son approche de la féerie comme source d’une dimension nouvelle et d’une voie d’accès à l’essence des choses et des êtres. En effet, il ajoute dans ce même article : « Ainsi, du fauteuil-fée, je passe à la fleur-fée, à l’arbre-fée. Et la fleur sourit. Et l’arbre s’anime, marche, Il s’agit ici d’un mouvement d’essence. » Ces positions ont-elles particulièrement choqué l’opinion mauricienne ? Toujours est-il que deux jours après (soit le 30 juillet), toujours dans Le Mauricien, il complète son aperception de la féerie, facteur d’humanisation, en introduisant les paramètres du rêve éveillé et de l’innocence. « Après le rêve éveillé le monde de fées est là. Le monde de fées c’est tout l’art de l’innocence. Cet art de l’innocence, c’est l’humanisation, qui couvre tout, qui est tout, parce que l’humanisation c’est le principe magique en soi. Nous sommes ici au cœur de la connaissance. » A l’occasion d’une nouvelle exposition en juin 1971, Chazal reviendra sur le rôle essentiel de l’innocence dans la capacité de découvrir et voir la féerie et évoquera une grande première : la présentation publique de « trois robes-fée [qui] furent portées[5]» à l’ouverture de cette exposition.

 

La féerie version Chazal est, par conséquent, de nature abstraite et implique un regard suffisamment distancié par et sans l’innocence (comme celle des enfants) pour pénétrer par delà la chose vue, pour entrer dans cette quatrième dimension où se situe l’essentiel, pour saisir l’humanisation profonde tant minérale qu’organique, des êtres comme des choses. Cette définition – qu’il ne modifiera à aucun moment – permet de disposer d’un outil précieux quant à la lecture et à l’interprétation des références chazaliennes à tout ce qui touche le féerique. La référence à la féerie fera de nouveau et plusieurs fois la une de la presse en 1972 et 1973 avec une dimension sinon nouvelle (car présente en filigrane dès 1970), du moins plus déterminante : celle de la nécessité « d’exalter le tourisme mauricien » par ce que Chazal appelle un « nouveau folklore d’ordre universel.»[6] Dans une lettre au Mauricien du 21 avril 1972, Malcolm de Chazal annonce que « l’île Maurice deviendra l’ILE-FEE » et que « la fée donnant une AUTRE DIMENSION à la vie, l’île Maurice deviendra une grande île, une très grande île. » A l’origine de cette nouvelle ‘culture-fée’ se trouve la peinture de Malcolm et, plus précisément, « la simplicité de (s)es couleurs » rendant possible « la création d’OBJETS-FEE en kyrielle », notamment des abat-jour-fée, des assiettes-fée, des théières-fée, de la céramique-fée, des poissons-fée, des bateaux-fée, des meubles-fée, des tentures-fée … En apothéose vient « la PEINTURE-MURALE-FEE » qui « transfigurera nos hôtels » : « Ainsi, au Morne, au Chaland, au Park Hotel, à Touessrock, à l’Hôtel Isle de France, par un jeu de lumières, les dîners en couleurs seraient des féeries.»[7] Dans ce contexte, enfin et surtout, circuleront des femmes portant des robes-fée …

 

Le 6 mai 1972, la robe-fée prend le devant de la scène chazalienne. Cette fois, Malcolm introduit des précisions de styliste et d’esthète : « La robe-fée ne doit pas être lâche. Elle doit épouser la forme humaine. Le tissu doit être léger. Ce qui convient, c’est un tissu grège. Les trois couleurs maîtresses pour la robe-fée, c’est le BLANC, le NOIR, la COULEUR CHAIR.  Jamais de manches. Le col dégagé. Ouverture sur les épaules. Toutes les formes de coiffure vont avec la robe-fée. La robe-fée s’accommode de tout : jolies et laides. Mais la robe-fée est surtout pour les femmes qui ont une personnalité : La Callas plutôt que Grâce de Monaco, Jeanne Moreau plutôt que Jacqueline Onassis. »[8] A en croire Malcolm, des visiteuses venues de l’étranger se pressent déjà dans les boutiques mauriciennes pour réclamer des robes-fée. Le 15 février 1973, il ajoutera : « Le temps vient où, parmi les bungalows-coquillages, à l’île Maurice, des femmes évolueront avec leurs robes-fée, donnant une nouvelle dimension à la vie (…) Robes-fée, bungalows-fée, femmes-fée, tout cela participe à une même lumière. (…) La robe-fée est-elle un rêve ? Non. La robe-fée est pour demain. L’ILE-FEE est son berceau»[9]. Quant à la gigantesque ‘tapisserie-fée’ en cours de fabrication dans des ateliers mauriciens : « La tapisserie-fée tient en ces quelques mots : ELLE ELARGIT L’ESPACE PSYCHIQUE. Une tapisserie-fée murale – des bateaux ou des crabes, des poissons ou des paysages – multiplierait l’espace dans nos hôtels [en leur] donnant un ESPACE FEERIQUE. »[10] 

 

Cet argumentaire chazalien en éloge aux objets-fée que recèle en abondance l’île-fée se poursuivra dans ses lettres du 18 octobre 1972 (thème clef : les bijoux-fée[11]) et du 14 novembre (thème clef : la complémentarité des couleurs noir-fée et blanc-fée[12]) pour atteindre deux sommets significatifs marquant, en quelque sorte, l’aboutissement d’une véritable campagne pédagogique.

 

Le 2 décembre 1972, d’une part, une lettre publiée dans les colonnes du Mauricien fait de la thématique de la féerie et de ses déclinaisons l’essence même de l’œuvre chazalienne. En effet, Chazal y rappelle les caractéristiques du relief mauricien : « Vues de la mer, nos montagnes sont comme taillées en dents de scie. Elles paraissent artificielles. (…) Approchez-vous et tout change. (…) Ces montagnes sont ‘habitées’. Les anciens auraient parlé des ‘dieux’. Il ne s’agit que des ‘fées’. Nous sommes devant des montagnes–fée. » Il rappelle également le fond de Petrusmok, « à la fois une épopée (traitant du paradis perdu), une œuvre proto-historique, dont le fondement est le langage de la pierre. Car la pierre ici parle ». Il retrace ensuite ses découvertes via les écrits du réunionnais lémuriste Hermann, puis ses propres rencontres avec la nature le regardant et lui parlant : « L’étonnant dans Petrusmok c’est que la vie mauricienne dans nos rues et nos cités se lie au mystère dans les monts là-haut. Et sur l’île Maurice de tous les jours s’associe l’île-fée ». Chazal conclut alors :«Il serait oiseux de séparer Sens Plastique de Petrusmok et de dissocier les deux de ma peinture. Car le dénominateur commun est la Fée. (…)Les monts parlent, la fleur sourit, l’eau du ruisseau nous chante sa chanson, les couleurs donnent des baisers au soleil. Le Conte de fées est là en permanence. (…) L’île-Fée c’est le très humain lié à la vie».

 

Le 6 janvier 1973, d’autre part, une lettre de Chazal au Mauricien donne un relief complémentaire au concept de l’île fée conférant à ce concept une dimension tout à fait originale et révolutionnaire au sens chazalien et que laissaient sous-entendre des indices contenues dans certains des textes cités précédemment: la nécessité de créer un réceptacle de choix, un écrin d’excellence aux attributs de l’île-fée. Ce sera  MALCOLMLAND.

 

 

Malcolmland, paradis chazalien …

De part et d’autre de ses lettres à la presse comme dans l’ensemble de son œuvre,  l’aversion de Chazal à tout ce qui est artificiel est patente. Sur Disneyland, il écrivait déjà en 1972 : « Disneyland, quelle rigolade ! C’est un guignol du plus mauvais goût, lié à une mécanique[13].» L’avènement d’un malcolmland[14] n’est en rien contradictoire car le lieu et la dynamique proposés sont tout le contraire de l’artifice. Conscient des confusions pouvant en découler, la proposition chazalienne s’ouvre sur une dénonciation explicite et sans équivoque de Disneyland, « une fausse fée [faite de] baudruches mues par une mécanique, (…) pur guignol que complètent les dessins animés (…) qui ne fait qu’étonner» et où « Mickeymouse est une confusion entre l’homme et la souris ». A contrario, de Chazal décrit sa proposition comme suit : « Malcolmland est l’antithèse de Disneyland. C’est la fée véritable donnée à voir. (…) Malcolmland c’est l’incarnation poétique dans son dernier terme : le paradis retrouvé, issu de la main de l’homme. » Cet espace, par ailleurs, ne peut se concevoir que dans un élan de création collective et unie : « Malcolmland demande la collaboration de tout un pays. Là l’île Maurice retrouvera et obtiendra son entité et son identité : par l’union de tous dans une même œuvre, glorifiant la terre natale. » Chazal fait également des propositions précises concernant sa localisation : « D’abord la Vallée des Prêtres, vers le haut, à toucher les contreforts du Pieter Both » ou, à défaut, au Morne « mais le projet du Pieter Both a l’avantage de lier Malcolmland à Petrusmok, d’associer la fée créée par la main de l’homme avec la fée nommée par Dieu dans le mont. »  En tant que lieu privilégié rassemblant l’essence même de l’oeuvre et de la pensée malcolmiennes, le visiteur trouvera là: « parmi les manguiers et les ébéniers (…) le VILLAGE-FEE », un « restaurant-fée où ne seront servis que les plats du pays », des « ateliers-fée [où] on créera à la vue de tous : tapisseries-fée, robes-fée et les vêtements-fée à l’infini»,  des produits d’artisanat-fée « céramiques-fée, bijoux-fée, joujoux-fée, verrerie-fée », « le tout lié à une CULTURE UNIVERSELLE ET UNIQUE ». Ce lieu-fée sera, enfin, rehaussé par un jardin suspendu contournant la montagne Pieter Both et se prolongeant jusqu’à la localité de Crève-Cœur et Malcolm ajoute : « Le Jardin des Pamplemousses a fait la gloire de notre passé. Le Jardin du Pieter Both sera notre gloire des temps nouveaux. »

 

Si ce projet n’a pu se concrétiser, de Chazal y était néanmoins attaché et il rappellera plusieurs fois l’importance qu’il attache à la création de cet espace. Dans Le Mauricien du 5 février 1974, par exemple, soit un an plus tard, alors qu’il confirme sa conviction que le sous-sol mauricien recèle « trois importants gisements de pétrole dont l’un serait de capacité égale à n’importe lequel des gisements d’Arabie Séoudite », il précise qu’il révèlerait ces emplacements moyennant une contrepartie financière devant servir à « faire de Maurice un centre poétique mondial et international avec Malcolmland ».  Il revient également sur ce sujet dans l’Express du 30 mars 1974, au cours d’un entretien avec le journaliste et poète Pierre Renaud, quand il affirme : « Je voudrais que l’on crée à Maurice des Malcolmlands – en forêt, en montagne et à la plage (…) Un Malcolmland qui serait anti-disneyland. Terre de liaison entre adultes et enfants. Royaume merveilleux où sans aide, sans personne, les enfants feraient ce qu’ils voudraient et s’orienteraient dans une ambiance favorable de poésie et de lumière, vers une vocation d’artiste et de poète. Malcolmlands où il y aurait aussi des ateliers de verrerie, de céramique et de mosaïque(…) Travaux exécutés par une équipe nationale sous ma direction. Je serai le grand architecte de ces maisons-fée … de ces parcs-fée… (…) Il faut féeriser complètement l’île Maurice.»[15]  Le 27 mai 1976, enfin, relatant dans une lettre au Mauricien une curieuse affaire faisant de lui l’héritier de plusieurs millions de dollars, il affirme : « L’argent ne m’intéresse pas. Mais je dois propager mon message dans le monde et créer Malcolmland non seulement ici, mais ailleurs. »

 

La constante touristique …

Une constante de ces interventions dans la presse relatives à l’île-fée et à Malcolmland est la référence constante et systématique au tourisme et, surtout, aux bénéfices financiers pouvant venir du tourisme. Il évoquera, dans les articles constituant notre corpus, la « révolution artistique intégrale suffisante pour mettre Maurice sur la carte internationale » (Le Mauricien, 29 avril 1970), l’exposition « qui servira notre prestige et le tourisme à nul autre pareil » (Le Mauricien, 14 mai 1970), l’importance de développer une industrie ayant pour matière première ses gouaches et ses tableaux et comme produit leur impression sur tissus et cartes postales, l’obligation faite à Maurice de soutenir son œuvre sous peine de perdre une carte magistrale pour le rayonnement touristique de l’île[16], l’absolue nécessité de faire de Maurice « la métropole du tourisme mondial » (Le Mauricien, 2 décembre 1972) en développant ses atouts de féerie, l’apothéose que représenterait la création des Malcolmlands… Confiant en les vertus économiques de la féerie, il s’interroge en avril 1972 : « Mais, au fait, à quand un prospectus-fée pour touristes avec pour titre : MAURITIUS, THE FAIRY ISLAND IN THE INDIAN OCEAN ? »  Quelques mois plus tard, dans Le Mauricien du 18 octobre 1972, il explique : « Chez nous, sur la vision féerique de la vie se greffe une question de GROS SOUS. L’âme du pays va se lier à l’économique. Le folklore fait le pont entre les berges du SPIRITUEL et du MATERIEL. La ROUPIE et la FEE vont se donner le bras. » Cette dimension économique paraît essentiel à Chazal :  « Au tourisme quantitatif, nous devons associer le tourisme qualitatif, écrit-il le 2 décembre 1972. Les touristes hauts huppés doivent venir : billionnaires américains et maharadjahs. Et pour cela l’île Maurice doit s’enchanter dans le sens magique. L’île féerique doit voir le jour.» Le 15 février 1973, dans les colonnes du Mauricien, il récidive et utilise pour la première fois le terme de Malcolmland  : « Si une compagnie hôtelière créait des bungalows-melon, des bungalows-coquillage, des bungalows-dodo, les touristes venus à Maurice retrouveraient les joies de leur enfance. Il n’y aurait alors qu’à photographier ce genre de Malcolmland pour avoir toute la publicité touristique qu’on voudra. Et l’ile Maurice deviendra le PAYS DES GRANDS JOUJOUX, le pays des joujoux-fée ».

 

Pouvait-il en être autrement ? Malcolm de Chazal pouvait-il ignorer le potentiel que représentait le tourisme même si, à l’époque, l’île Maurice n’était qu’une halte exotique de hasard ? N’oublions pas à cet égard que, pour Malcolm, l’île est née en 1947 avec Sens Plastique, que c’est son Petrusmok qui en a poussé la révélation au niveau de la spécificité du pays, que c’est sa capacité visionnaire qui a mené « la psychanalyse de la pierre [pour atteindre]  le Grand Inconscient de l’Univers », que c’est sa propre main qui en a reproduit la carte mythique… Malcolm de Chazal agit, en quelque sorte et symboliquement, comme le révélateur de l’île qu’il saisit dans toute sa richesse et dont il lève en partie le voile sur la féerie immanente. Ce faisant, il offre en partage à la fois l’existence et l’avenir de cette terre dont « la pierre parle » et dont les montagnes avaient longtemps été «  muettes (…) par manque de pouvoir visionnaire.» Dans cette perspective et par extension, Chazal représente le devenir mauricien, celui de son tourisme et de son folklore, de sa féerie intrinsèque, de la « CULTURE UNIVERSELLE ET UNIQUE » qui y foisonne.  Aslakha Callikan-Proag raconte dans un article sur Cabon et Chazal comment le thème du tourisme est régulièrement présent dans les communications de Malcolm de Chazal à la presse dans les années 60 : dans plusieurs articles publiés dans Advance, il soumet des idées pour « améliorer les attraits touristiques » de l’île comme celle de tourner un « film artistique, film de propagande, film éducatif, film touristique : le pays sera servi en tous points » (26 août 1965) en s’inspirant du roman de Marcel Cabon Namasté, « chef d’œuvre folklorique. » [17]

 

 

 

En guise de conclusion…

L’opportunité d’un Malcolmland est-elle toujours d’actualité ? En cette année du centenaire de la naissance de Malcolm de Chazal, on serait tenté de répondre par l’affirmative en faisant deux propositions en forme d’hommages à un visionnaire de génie… dont on a souvent dit que le verbe était prophétique.

La première serait de mettre en place un circuit touristique spécifique qui porterait – par exemple –  le nom de « randonnée chazalienne » et qui inviterait le touriste (qu’il soit de Maurice ou d’ailleurs) à visiter les lieux dont parle Chazal, à lire certains extraits de son œuvre et pour percevoir ce qu’il appelle féerie.

La seconde serait d’utiliser l’expression Malcolmland dans le titre du musée récemment annoncé, si – et uniquement si – ce musée respecte la pensée chazalienne en y donnant une place essentielle à l’enfant et en faisant de la féerie l’esprit de toute animation devant y être proposée.

L’occasion est ainsi donnée de montrer que Maurice peut surprendre en faisant mentir les adages, surtout celui qui affirme que « nul n’est prophète en son pays » … Y a-t-il quelqu’un pouvant relever ce défi ?

 

 

Robert FURLONG

Bordeaux, août 2002

[1] Par ‘production chazalienne’, j’entends l’ensemble de l’œuvre incluant la littérature écrite, l’œuvre picturale et les articles parus dans la presse.

[2] CHAZAL, Malcolm de. Petrusmok, Port-Louis, Standard Printing Establishment, 195, p.583.

[3] Le Mauricien, 29 avril 1970

[4] Le Mauricien, 28 juillet 1970.

[5] Le Mauricien, 11 juin 1971

[6] Pour Malcolm de Chazal, la notion de folklore n’est en rien réductrice, mais est au contraire une manifestation noble et valorisante de ce qui constitue l’âme d’un peuple et de sa culture.

[7] Le Mauricien, 21 avril 1972. Dans cette citation comme dans d’autres ultérieures, les mots en majuscules sont de Malcolm de Chazal.

[8] Le Mauricien, 6 mai 1972

[9] Le Mauricien, 15 février 1973

[10] Le Mauricien, 6 mai 1972

[11] Le Mauricien, 18 octobre 1972

[12] Le Mauricien, 14 novembre 1972

[13] Le Mauricien, 2 décembre 1972

[14] Chazal dira : « Je n’aime pas ce terme, mais il n’y en a pas d’autre. »

[15] Malcolm de Chazal développerait ce thème dans un film produit par l’ORTF sur lui en 1974. Tourné par le mauricien Claude Roland Sauzier, commenté par l’Express du 8 mars 1974, Le Mauricien du 13 avril 1974 et Advance du 5 juin 1974, ce documentaire contiendrait « des images chazaliennes associées au folklore mauricien, pas un béton armé, pas de ski nautique, tout ici est ramené à la fleur, au peuple et à l’œuvre de Chazal ». Ces journaux annonçaient la diffusion de ce documentaire pour mai-juin 1974 sur les antennes de l’ORTF avec la réalisation de copies pour les grandes chaînes télévisuelles mondiales.

[16] « L’alternative est la suivante : soit mon pays m’aide financièrement soit j’ai affaire à l’étranger. Je le répète : soit le rayonnement d’à partir de Maurice de ce nouveau folklore universel ou l’exportation de mon génie. Choisir, c’est décider de ce que sera le tourisme mauricien » (Le Cernéen, 28 juillet 1970)

[17] Voir Contributions sur Malcolm de Chazal, L’Ether Vague – Toulouse, Vizavi – Port Louis, 1996

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